Glose N° 5

Par : Salus
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Salus

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Glose N° 5

Poésie est mémoire
Et la langue me chaut !
Malgré la noire Moire
Emanant du cachot !


FRANÇOIS VILLON ! (qui n'a pas écrit le quatrain ci-dessus !)

Parler de ce monument poétique après vous avoir soumis mes rimes tient du suicide littéraire, mais l'on est censé couler avec le navire, n'est il pas ?

D'abord, je couvre ma tête de cendres, mais je crois bien être coupable d'une confusion temporelle, coutumière de mes tendances schizoïdes, les corrections, surtout dans ce genre de domaine, m'étant fastidieuses, nous nous contenterons d'un rappel :

- CHRESTIEN DE TROYES c'est le 12 ème
- RUTEBEUF c'est le 13 ème
- CHRISTINE DE PISAN c'est le 14 ème
- FRANÇOIS VILLON c'est le 15 ème

...Cela étant, la grande intemporalité de la poésie peut autoriser à un certain désordre,
Et quand Villon, avec ce pouvoir d'évocation et l'absolue originalité de ses idées, nous téléphone :
"Frères humains, qui après nous vivez" - ce passage forcé dans la trame du temps produit un vertige aussi délicieux que déstabilisant !

J'aime Villon - ou plutôt ses vers - "à la fureur" aurait dit Baudelaire, même si je lui trouve des longueurs et la faiblesse d'une inconstance dans la qualité de ses textes (je suis gonflé, quand je vois les miens !), en fait je le soupçonne d'intentions éventuellement modératrices de son art, lorsque, par exemple, hébergé - et nourri ! par quelque hobereau se piquant de poésie, il n'ait pas voulu froisser son gent hoste de vers trop éblouissants...
Simple supposition, et fort mal fondée...
Plus certaine est la formidable musique ancienne que nous livre ce poète, qui transcenda d'une mystérieuse magie un système poétique balbutiant, pour nous offrir la vision la plus vivante et la plus précise qu'aucun autre art, aucune autre science, ne peut proposer du Moyen-Âge !


Villon est très peu transgressif de son art, mais il en est capable, et d'une manière justifiée ; de même, il est susceptible d'un décalage total avec toute forme de culture, ce qui est une rareté, voire une exception, et puis, largement pré-hugolien, il est en mesure de faire chanter l'Histoire, la grande, avec une maestria jamais égalée, écoutez donc "La ballade des dames du temps jadis" interprétée par Brassens (qui fut un des plus chaleureux admirateurs de Villon)
Écoutez ça ! c'est à peine retouché pour nous être plus intelligible, il y bat le rythme des siècles !
Les images roulent les sons comme l'eau ses remous, il en jaillit des sens méchants, une cruauté tranquille, assumée, tout un kaléidoscope de destins,
c'est un court-métrage, le compte rendu d'une ambiance à l’échelle nationale, une visite, dans des façons déjà vieilles (pour l'époque), à travers un passé récent
(pour l'époque !), poétiquement parlant (c'est à dire ?) poétiquement parlant, ce texte est une cime, ainsi que beaucoup d'autres, et je ne résisterai pas à la tentation de vous offrir quelques vers :


Frères humains qui après nous vivez
N'ayez les cuers contre nous endurcis,
Car, se pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous mercis.
Vous nous voyez cy attachez cinq, six:
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est pieça devorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s'en rie :
Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre!


...C'est la célèbre épitaphe Villon (le début), si l'on devait le pendouiller mâtines, mettez-vous à sa place... c'était un vrai poète !
Je tiens cet individu pour très particulier, et à ce propos je voudrais préciser que les informations et autres "faits divers" qui concernent les auteurs ne sont en aucun cas des critères de valeur pour une œuvre quelconque, ou exceptionnelle, mais tiennent plutôt d'une bête curiosité (oui, mais on est comme ça, ne nous privons pas !) En tout cas, ne mélangeons jamais l’œuvre avec la vie de son auteur !


Les lais

L'an quatre cens cinquante six,
Je, Françoy Villon, escollier,
Considerant, de sens rassis,
Le frain aux dens, franc au collier,
Qu'on doit ses euvres conseillier,
Comme Vegece le racompte,
Sage Rommain, grant conseillier,
Ou autrement on se mescompte...


...Même s'il nous la raconte !

Au 15 ème siècle, le vers se structure dans des genres définis à l'avance, telle la ballade, le rondeau, le virelai, etc,
des "sociétés de poètes apparaissent"
A la cour de Bourgogne, il naît une "autorité poétique" : ''Les Grands Rhétoriqueurs'' qui, avec leur maître, Guillaume de Marchaut, me semblent plus des techniciens que des poètes. (Il y a même un Guillaume Crétin, ça ne s'invente pas !)
On peut peut-être retenir Jean Lemaire de Belges, excellent technicien, ET poète, car ça n'est pas incompatible, jugez vous-même :


Sur les préaux de sinople vêtus
Et d'or battu autour des entellettes
De sept couleurs selon les sept vertus
Seront vêtus. Et de joncs non tordus,
Droits et pointus, feront sept corbeillettes ;
Violettes, au nombre des planètes,
Fort honnêtes mettront en rondelet,
Pour faire à Pan un joli chapelet.

Là viendront dryades
Et hamadryades,
Faisant sous feuillades
Ris et réveillades
Avec autres fées.
Là feront naïades
Et les Oréades,
Dessus les herbades,
Aubades, gambades,
De joie échauffées.


Je me sauve, on reparle de tout ça bientôt, hein ?

Salut,
Salus !



Ce message a été édité - le 30-05-2024 à 10:36 par Salus
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Michèle Corti

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Quel puits de science notre Salus !
Merci pour une aussi splendide présentation !
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Michèle Corti

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Salus sera notre salut !
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Aurorefloreale

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Merci d'ainsi la poésie nous présenter et commenter, c'est un endroit où je viens me pencher et vous lire avec intérêt!
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Salus

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Merci à vous, qui me lisez !
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Aurorefloreale

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Il ne saurait en être autrement!