Merci Miouz, Aviateur et Kerdrel
Je l’imaginais au mieux filant le grand amour avec Olympe en Nouvelle-Angleterre, au pire cotoyant André Chénier dans la fosse commune de la rue Picpus. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je vis la trombine d’Isidore s’afficher sur mon smartphone.
— Alleluia ! Tu n’imagines pas à quel point tu m’a fichu la pétoche. En ne te voyant pas réapparaître, j’ai cru que tu avais été guillotiné. T’es Où ?
— Devant l’Église d’Auteuil. C’est de là que j’avais pris mon envol.
— Ton chauffeur de taxi m’a mis au parfum. Parait que tu t’étais attiffé pour te rendre à un bal costumé.
— Tiens, le voici justement qui se pointe. Passe me voir à l’appart dès que tu es disponible. J’ai plein de choses à te raconter.
— J’y serai dans une heure maxi.
— Super.
Septante minutes plus tard, il me versait un doigt de Glenfiddich. Non seulement mon pote n’avait pas perdu la tête, mais il pétait la santé.
— Alors, raconte.
— Comme tu le sais, le compteur du chronoscaphe ne tient compte que de la durée de son trajet dans les couloirs du temps. Ce qui explique que je retrouve le XXIème le jour même où je l’ai quitté. Cette fois-ci, il a comptabilisé le temps passé en 1793. Il y adsu avoir un bug dans le système informatique.
— Ça vient peut-être de l’appairage avec le mien, de chronoscaphe.
— C’est l’hypothèse la plus probable. J’aurais du le tester sur un clebs avant de le réutiliser.
— Tu es de retour c’est l’essentiel. Alors Olympe ?
— Une bombe atomique. Mais je n’en voudrais pas à la maison.
— À ce point ?
— Une vraie tête de pioche qui traitait Marat d’« avorton de l'humanité » et envoyait paître Robespierre.
— On comprend aisément que ces braves lui en veuillent.
— Mais elle gagne à être connue
— Dans toutes les acceptions du terme ?
— Surtout dans celle que tu sous-entend.
— Tu m’en apprends de belles.
— Je ne vais pas m’étendre sur le sujet. J’ai tout noté sur cette clef USB. Fais-en bon usage. Sinon, que s’est-il passé au XXIème siècle pendant mes vacances sous la Terreur ?
De retour at home, je m’empressai de prendre connaissance du contenu de la clef.
Le vendredi 12 juillet 1793 en début d’après-midi, cinq minutes après son départ, Isidore atterrit près de l’ancienne Église d’Auteuil.
Il la trouva plus belle que le prétentieux édifice romano-byzantin qui l’avait remplacée au XIXème siècle. Le cadre en était aussi bien plus enchanteur. Les effluves des moteurs à explosion y avaient laissé place à celles plus écolos de la gent chevaline. Des volées de moineaux se régalaient de ces odorants monticules. Hirondelles et martinets se disputaient élégamment le monopole de l’Azur. Isidore ressentit la même allégresse que lors de son premier voyage, dans le Paris de 1868 et c’est en fredonnant qu’il s’acheminea dans la paisible rue du Buis.
Olympe de Gouges y résidait au numéro 4, dans une grande bâtisse qui respirait l’aisance. Il s’y présenta comme un mathématicien féru de belles lettres. Enthousiasmé par les écrits de la noble citoyenne et ses convictions humanistes, il était désireux, entre deux théorèmes, de lui consacrer une thèse.
Le majordome le pria d’attendre et revint avec un avis favorable. Madame venait tout juste de terminer la lecture d’un ouvrage de philosophie et consentait à le recevoir.
— Ainsi j’ai l’heur d’intéresser aussi les scientifiques ?
Bien que révolutionnaire, Olympe avait l’aisance d’une impératrice et le sex-appeal d’une star. Un mix de Catherine II et de Catherine Deneuve.
— Savez-vous que j’ai d’excellentes relations avec Gaspard Monge ? Je salue d’ailleurs ses travaux de mise au point du système métrique.
— Soyez sûre que cette nouvelle métrologie deviendra la référence pour tous les peuples de la Planète.
— Puisse-t-il en être de même pour « les droits de l’homme et du citoyen ».
— Sans oublier les citoyennes. J’ai lu et relu votre déclaration des droits de la femme et j’y souscris avec ferveur.
— Je vous en sais d’autant plus gré que la grande masse des citoyens de sexe masculin la tournent en dérision. Y compris à la Convention où j’en sais qui me traitent de virago.
— Ce sont autant de béotiens. La Science nous apprend qu’homme ou femme, les homo-sapiens sont dotés du même organisme et du même cerveau. La différence ne concerne que les parties génitales qui n’ont pour objectif que la reproduction de l’espèce.
— Les Montagnards veulent l'égalité et la vertu. L’égalité pour les hommes, la vertu pour les femmes, qui doivent rentrer dans leur foyer et s'occuper, comme il sied, de leur ménage et des enfants.
— Et l’on vous prête cette sublime réplique : « La femme a le droit de monter sur l'échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune. »
Ravie d’être enfin comprise, Olympe n’en pouvait plus de félicité
— On vous prête aussi cette assertion : « Le sang, même des coupables, versé avec cruauté et profusion, souille éternellement les Révolutions ».
— Elle visait l’ignoble Marat qui figure au premier rang de mes ennemis.
Isidore savait que le lendemain, le vilain bonhomme se ferait occire dans sa baignoire par Charlotte Corday, mais se garda bien de jouer les augures
La mécanique lancée, Olympe fut intarissable et retint Isidore à dîner. Comme en 1874 auprès d’Adélaïde, notre chrononaute préféré lui sortit le grand jeu.
Il savait que des sans-culottes armés de piques viendraient le 20 juillet pour arrêter la dame. Il lui restait 8 jours pour la convaincre de jouer la fille de l’air.
Ce message a été édité - le 14-04-2022 à 09:05 par Pierrelamy