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Auteurs Messages

Tom
Membre
Messages : 305


Posté à 23h23 le 31 Mar 20

Le couteau suisse.

Il est adossé à son sac. Et le sac est adossé à une borne de la départementale 51. Le cul dans l’herbe il pèle une pousse de châtaignier. Des longues lanières, en butant un peu sur les nœuds. Odeur de pomme, odeur à ne penser à rien. Il regarde les canards sortir de la rivière et s’approcher, sans les voir, sans penser à rien.

Le transistor, c’est dès qu’il s’arrête. Pour la musique, pas pour les nouvelles. Sauf quand elles étaient en breton ça évitait d’avoir à les écouter. Il a capté un canal qui crépite à moitié On the Road again, Al Wilson et sa voix d’en haut. Il a croisé ses boots devant les cannettes de Corona. Un temps c’est la route 66 entre Romorantin et Vierzon. De la bonne, enfin.

Et une Corona. Et il feuillette.
Trente ballades à pieds en Lozère. C’est vieux on sait pas d’où ça sort tellement ça sent. Mais c’est là qu’il a choisi d’aller. Un bout du monde qu’il ne connait pas mais dont il sait déjà tout des chemins bleus, des jaunes et des verts. Des devèzes, des drailles et des chams et des rivières. Toute l’eau rassemblée en haut et les rivières qui la dispersent avec des noms rauques.

Et une Corona. Les canards connaissent vraiment pas le danger.
Dans le guide il a gardé des pages arrachées. Des recettes. Ça aide à supporter quand on a rien d’autre à penser que la faim, rêver au consommé Nelson, ou au soufflé Lapérouse. Ils n’auraient plus de secret pour lui, là maintenant. Bibliques. Il passe les doigts dans sa barbe, c’est épais. Pâtre grec et miettes de chips.

Il a posé le couteau « suisse ». Tous les accessoires. Sans la petite croix blanche. Affuté à Donetsk, du pointu. Il a éventré, ce surin-là, un soir d’ivresse il a chanté la chanson ad-patres avant de filer, dans son rêve avec son gros sac lourd. Dans son rêve, mais il y avait quand même du sang sur le manche quand il s’est réveillé. Du sang de poulet ou de mouton, sûrement.

Enfin fallait mieux pas rester là.


Lau
Membre
Messages : 263


Posté à 20h54 le 02 Apr 20



Je perçois ce texte comme un instant ; l'instant d'un Kerouac en France. Un instant quand l'auteur suggère des avant, des après, des au-dessus ; seulement suggérés... Il faut deviner ou chercher. Un court-métrage dense, mystérieux, intriguant ; un voyage.


Tom
Membre
Messages : 305


Posté à 01h54 le 08 Apr 20

Hello.
Un instantané. Une heure dérogatoire, pas le temps de faire une expertise. Tu vois un bonhomme, tu imagines un avant, un après, un ailleurs, et le voilà parti. heureux


Pierre
Modérateur
Messages : 6222


Posté à 22h10 le 08 Apr 20

Oui, un peu du temps, posé et qui laisse l'espace au libre court de la pensée.
Deux trucs me plaisent davantage que le reste "toute l'eau rassemblée en haut…" et "Affuté à Donetsk, du pointu" , ne me demand pas pourquoi j'ai pas envie de chercher.

Autre chose, pourquoi l'imparfait dans la phrase "sauf quand elles étaient en breton…" ?


Tom
Membre
Messages : 305


Posté à 14h25 le 09 Apr 20

Pourquoi l’imparfait, parce que Romorantin est dans le Berry (enfin.... je crois), et qu’il ne capte plus radio Breiz Isel. A mon avis ça ne va pas trop lui manquer ????


Pierre
Modérateur
Messages : 6222


Posté à 21h19 le 09 Apr 20

Je viens de relire… t'as pas tort! cool

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