Page : 1

Vous devez être connecté ou demander l'accès au forum pour répondre à ce message.

Auteurs Messages

Salus
Membre
Messages : 5188


Posté à 21h50 le 09 Apr 21


La technique doit nous obéir, et pas l'inverse ! Elle doit même nous obéir assez aveuglément pour que rien en elle "ne pèse ou ne pose" comme a presque écrit Verlaine ; pour ce, poussons son exploration jusques en d'insoupçonnés confins, au travers d'aléatoires exercices...

Par exemple, je vous propose d'écrire, non pas un pastiche, mais bien plutôt un hommage, et vibrant, à un poète que vous aimez, en le citant ou pas et dans la forme qu'il vous plaira, mais en pénétrant dans l'âme même de ce dernier, en utilisant son propre niveau de fréquence, au sens hertzien du terme ; on doit chercher à se confondre, à se co-fondre, à se mélanger avec son style, et greffer sa littérature au bout de sa propre plume ; on choisira parmi ses poètes préférés, en essayant de toute ses forces de ne point déchoir, d'éviter de salir un art qui nous est sacré ; l'exercice, ardu, est passionnant, soyez difficiles, intransigeants avec vous-même, c'est Baudelaire, c'est Hugo, qui vous regarde !

Exemple :




Seconde variation

(Mélancolique)


Aux rayons dorés
D’un si grand soleil
Qui m’étonne,

Les vents adorés
Balayent l’éveil
De l’automne…

Et je vais, lisant,
Verlaine, tes vers
A ce livre,

Que tu fis laissant
L’aube et l’univers
Te rendre ivre…

Ta musique, hélas,
Miaule et m’envahit,
Si languide,

Propice aux cœurs las
Dont le poids trahit
La sylphide..



… Je vais au-devant
Mauvais des hivers
Impalpables,

Plein d’esprits, de vent
De voix et de vers,
Et de fables…



Ce message a été édité - le 09-04-2021 à 22:57 par Salus


Lau
Membre
Messages : 722


Posté à 11h19 le 10 Apr 21



Tu le ressuscites !

L’idée est séduisante ; je m’amuse parfois à reprendre le dernier vers d’un poème de l’auteur à qui je souhaite rendre hommage… Peut-être cela colle-t-il à ta proposition ?

Pour l’occasion, voici un essai avec un poème en « libre » (Humblement, vu la pointure du Monsieur et le respect qu’il m’inspire).


Mahana

A bâbord
Déjà
*
L’aéroport international !
Le soleil gicle sur les vitres
Le train d’atterrissage crisse au tarmac.
A droite
Encore
La Base aéronavale
Saupoudrée de flamboyants et de bougainvilliers
Ça y est !
Tontouta… Tontouta
Cosmopolite terminus
Se croisent
Le canaque, le caldoche, le vanuatan
Tout ce que le Pacifique compte d’ex îlés
Tous ceux que la Métropole a bannis
Au bagne mis
Le Kabyle, le Philippin, le Breton qui jurait,
L’Australien, le Futunien, le Japonais
Des millions d’âmes métissées
Sous les banians
Des langues
Des milliers
Le javanais le Xârâcùù
Le bichelamar

Ton regard
C’est la première fois que j’écris grâce à l’aiguille d’un oursin-crayon
Ton prénom

* Derniers vers du poème de Cendrars 35° 57' LATITUDE NORD 15° 16' LONGITUDE OUEST

Lien internet





Ce message a été édité - le 10-04-2021 à 11:36 par Lau


Salus
Membre
Messages : 5188


Posté à 14h40 le 10 Apr 21

Quoiqu'en ayant lu quelques,
Je connais insuffisamment la poésie, étrange et parfois choquante, de Cendrars (Ah, les Pâques à New-York !) Mais...il me semble que 'ça le fait" !

3ème exemple, pour voir si ça marche, même sans nommer explicitement le tutélaire (les gagnants ont le droit de jouer ; hein ? - mais oui, les autres aussi !):




Alme amer



D’un esprit de grève abdiquant,
Une émotion douce soulève
Ce fil mort qui tenait le glaive
Amer au suspendu piquant.

Passage, bief, aux saisons lentes
Où glisse en sinueuse nef,
Insubmersible et derechef,
L‘envie émue aux déferlantes !

Inapte, du rêve aux cheveux
Arrachés - splendides aveux !
Miroitant, merveilleux, à rendre ;

Psalmodiant ce code obtus,
Le syntagme ocellé de cendre
Trahit le langage en vertus.


Violette
Membre
Messages : 107


Posté à 15h00 le 10 Apr 21

A sables couteillés

Et les trous de solen
Dans les miroirs brisés
Comme couteaux dans l’eau
Par mon cœur aiguisés

Et l’eau de la mémoire
L’impossibilité
Les cheveux sur la langue
Les littorines allées

L’Aglaé papillonne
Qui chenille sans toi
Sur des espaces mornes
Et les trous de la vie
Et les morts de l’automne

Inexorable été
Où brament les lucanes
Aux accents de lavande

Les poulpes multibras
Qui n’embrassent personne
Ventousent à l’étouffée
Tout amour qui malsonne
Et diverticulisent
Les soucoupes frangibles
Qui anémonent en l’air

Et j’ulule à la lune
Mon ultime hallali .


Lau
Membre
Messages : 722


Posté à 16h40 le 10 Apr 21



Monstrueusement singulier !
Juste pour le fun, essayer :

Honorables remerciements

Un poète qui polke avec un habit noir,
Pogote un autre punk, empli de désespoir,
L’émotion se danse et s’enchaine.

Elle, suavement, se trémousse et l’airain
Sur sa hanche rougit ; gigue ainsi le marin
Sur le son que ce rythme assène.

L’extase au bout du pied, c’est le It qui te happe
Quand le jazzy t’échappe apparaît la gaîté ;
Le beat casse, entêté, le basson qui te scalpe,
L’automne au charleston arrose cet été

Sous la Milky way dance où le ça, chat, chaud, lape
Un jus de kava frais dont la seule âcreté
Siffle à l’incertain flow de n’oublier la sape
Où tu javas, mon frère, aux sons de Mallarmé.


Violette
Membre
Messages : 107


Posté à 16h59 le 10 Apr 21

Je danse

Lien internet

J’ai oublié vos yeux
J’ai oublié vos bras
Mais je n’ai jamais pu
Oublier votre manière
De danser
Ce tango long et lent
Qui fluait doucement
Et que vous me teniez
Seulement sur le parquet
Glissant du bout de la montagne
Alors j’oubliais tout
Et je ne sentais rien
Que la douce chaleur
De vos mains
Tout allait simplement
En accord’éon triste
Dans cette salle obscure
Du dimanche perdu
Je portais des souliers
Qui glissaient sur la liste
De vos amies perdues
Un long enchaînement
De valses tutélaires
Eteignait nos aveux
Et vous me rameniez
Un peu ivre un peu fière
Vers la chaise de bois
Au coin du bal heureux
Et cette mélopée entraîne
Encor mes doigts
Sur un papier glissant
Où je nous vois danser
Encor et main tenant .

Marine
1° janvier 2020 17h




Ce message a été édité - le 25-04-2021 à 22:37 par Rickways


Violette
Membre
Messages : 107


Posté à 17h01 le 10 Apr 21

agrestes féminitudes à vos hommages


Salus
Membre
Messages : 5188


Posté à 19h40 le 10 Apr 21


"Sous la Milky way dance où le ça, chat, chaud, lape"

!!!!!!!!!!!

Je vous le passe, excusez-moi :


À Emmanuel des Essarts.

Souvent la vision du Poète me frappe :
Ange à cuirasse fauve, il a pour volupté
L'éclair du glaive, ou, blanc songeur, il a la chape,
La mitre byzantine et le bâton sculpté.

Dante, au laurier amer, dans un linceul se drape,
Un linceul fait de nuit et de sérénité :
Anacréon, tout nu, rit et baise une grappe
Sans songer que la vigne a des feuilles, l'été.

Pailletés d'astres, fous d'azur, les grands bohèmes,
Dans les éclairs vermeils de leur gai tambourin,
Passent, fantasquement coiffés de romarin.

Mais j'aime peu voir, Muse, ô reine des poèmes,
Dont la toison nimbée a l'air d'un ostensoir,
Un poète qui polke avec un habit noir.


Stéphane Mallarmé.



Ce message a été édité - le 11-04-2021 à 13:47 par Salus


Salus
Membre
Messages : 5188


Posté à 13h38 le 11 Apr 21


Donc, cet exercice technique consiste à écrire un poème "à la façon de", mais non pas zutiquement pastiche ; le résultat doit constituer un hommage honorable, presque un "faux" !

Encore un exemple, en espérant les vôtres, et puis nous changerons d'étude :



Variation



Dans la beauté de la jeunesse
Dont le soleil joue, et caresse
La joue avec ses rais dorés,
Il était plus qu’abandonné,
Avait perdu le frissonné
Si doux des bons rêves laurés…

A cette tête d’ange sale,
Un cœur pur, ceint comme un pétale
Par de longs doigts, ne battait plus ;
Il émanait comme une brume,
Un air d’éternité posthume,
Tel qu’à ces poèmes trop lus.

Les yeux déjà tétés des mouches,
Il semblait, de ces sommeils louches
Où l’illusion ne parvient pas,
Le prisonnier définitif ;
Auprès du val poussait de l’if
En couronne autour du trépas ;

Ecrin de cette perle pâle
La nature monumentale
Regardait dormir son enfant,
Pleurant le soleil de ses gouttes
Sur les éternités dissoutes
Par la Camarde triomphant.


Mahea
Membre
Messages : 702


Posté à 11h31 le 12 Apr 21

Essai

Belle âme sœur, à trop aimer!
Moi si laid!... A genoux, la muse!
Mal, dont la chair est un chaos
Fleuve de miel grisant, qui m'use

Où je vais souffle court, brûler,
Périr à ta fièvre, diablesse!
Léchant ton cuivre sur mes os,
L'impur désir, Ô ma Déesse!

Vois, j'irai conquérant, captif,
Là, où toute douleur se tait
Telle une pirogue, un esquif
A la dérive... Ô j'oublierai
Si je pouvais, tout ce tourment
Dont l'âme vile se repent.


Salus
Membre
Messages : 5188


Posté à 22h36 le 13 Apr 21


- Superbe !
Je pense à Jules Laforgue...?


Mahea
Membre
Messages : 702


Posté à 09h26 le 14 Apr 21

J'imagine que j'ai trop abusé de ponctuation!!! lol


Salus
Membre
Messages : 5188


Posté à 19h57 le 22 Apr 21


Je pense aussi à Rimbaud, mais Laforgue est un honorable post-rimbaldien, "horrible travailleur" patenté, et il y a d'étranges similitudes.


Hoho
Membre
Messages : 362


Posté à 20h04 le 22 Apr 21

Expérimentation

L’homme employé que Fille, tu castres
Excisé que raffermit le plomb
Suspendu et pendu à l’aplomb
Du volcan noir balayant les astres.


Salus
Membre
Messages : 5188


Posté à 21h37 le 22 Apr 21


Enfin du monde arrive avec des vers !
Nous étions, triste solitude,
Restreints au petit univers
De quelque entre-nous sans sollicitude.

Vous devez être connecté ou demander l'accès au forum pour répondre à ce message.

Page : 1

Discussion en direct :
Connectez vous pour participer.


Derniers posts :
  • Machajol dans Les cerises[...]
  • Saintes dans Allons donc piq[...]
  • Ensuspens dans Les cerises[...]
  • Hoho dans La foison[...]
  • Tonindulot dans Allons donc piq[...]
  • Pierre dans Les cerises[...]
  • Salus dans Le pot de crayo[...]
  • Jim dans La foison[...]
  • Ottomar dans Les cerises[...]
  • CinquiemeVallee dans Tristesse[...]