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Auteurs Messages

Jim
Membre
Messages : 2783


Posté à 06h08 le 03 Sep 22

Il n'y a pas d'amour heureux: Lien internet

Rien n'est jamais acquis à l'homme
Ni sa force, ni sa faiblesse, ni son cœur
Et quand il croit ouvrir ses bras
Son ombre est celle d'une croix
Et quand il veut serrer son bonheur, il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n'y a pas d'amour heureux

Sa vie elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
À quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désarmes, incertains?
Dites ces mots, ma vie, et retenez vos larmes
"Il n'y a pas d'amour heureux"

Mon bel amour, mon cher amour, ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là, sans savoir, nous regardent passer
Répétant après moi ces mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux, tout aussitôt, moururent
Il n'y a pas d'amour heureux

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos cœurs à l'unisson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n'y a pas d'amour heureux




Ce message a été édité - le 03-09-2022 à 06:40 par Jim


Jim
Membre
Messages : 2783


Posté à 02h44 le 04 Sep 22

Les lilas et les roses
(le crève-cœur)


Lien internet

O mois des floraisons mois des métamorphoses
Mai qui fut sans nuage et Juin poignardé
Je n’oublierai jamais les lilas ni les roses
Ni ceux que le printemps dans les plis a gardés

Je n’oublierai jamais l’illusion tragique
Le cortège les cris la foule et le soleil
Les chars chargés d’amour les dons de la Belgique
L’air qui tremble et la route à ce bourdon d’abeilles

Le triomphe imprudent qui prime la querelle
Le sang que préfigure en carmin le baiser
Et ceux qui vont mourir debout dans les tourelles
Entourés de lilas par un peuple grisé

Je n’oublierai jamais les jardins de la France
Semblables aux missels des siècles disparus
Ni le trouble des soirs l’énigme du silence
Les roses tout le long du chemin parcouru

Le démenti des fleurs au vent de la panique
Aux soldats qui passaient sur l’aile de la peur
Aux vélos délirants aux canons ironiques
Au pitoyable accoutrement des faux campeurs

Mais je ne sais pourquoi ce tourbillon d’images
Me ramène toujours au même point d’arrêt
A Sainte-Marthe Un général De noirs ramages
Une villa normande au bord de la forêt

Tout se tait L’ennemi dans l’ombre se repose
On nous a dit ce soir que Paris s’est rendu
Je n’oublierai jamais les lilas ni les roses
Et ni les deux amours que nous avons perdus

Bouquets du premier jour lilas lilas des Flandres
Douceur de l’ombre dont la mort farde les joues
Et vous bouquets de la retraite roses tendres
Couleur de l’incendie au loin roses d’Anjou.




Ce message a été édité - le 04-09-2022 à 02:56 par Jim


Ancienmembre
Membre
Messages : 450


Posté à 18h04 le 04 Sep 22

oui en effet il vaut mieux voir les paroles écrites


Oxalys
Modérateur
Messages : 2848


Posté à 09h16 le 05 Sep 22

"Je n’oublierai jamais les jardins de la France
Semblables aux missels des siècles disparus"

Je n'oublierai jamais cet immense jardin du souvenir où chaque tombe est fleurie d'un rosier à fleurs rouges, symboles de l'amour par delà la mort.


"Bouquets du premier jour lilas lilas des Flandres"
Un écho lointain au rondeau de Mc Crae :
In Flanders fields the poppies grow....


Saintes
Membre
Messages : 1524


Posté à 11h16 le 11 Sep 22

Je ne sais pourquoi cela me rappelle ces "Lettres autour d'un jardin" que Rilke envoya à Mademoiselle de Bonstetten :
"malgré le soleil généreux de la dernière quinzaine, le printemps du Valais s'attarde cette année. Voici les premières anémones que j'ai cueullies sur nos collines-,elles sont charmantes, n'est-ce pas, et expriment si bien les risques de la saison, ayant mis, en dépit de leur confiance, cette petite fourrure argentée qui les rend presque méconnaissables dans la grisaille du sol pierreux et tout nu encore."
Le 6 mars 1924.



Ce message a été édité - le 11-09-2022 à 11:18 par Saintes


Salus
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Messages : 6078


Posté à 12h16 le 11 Sep 22


"Il n'y a pas d'amour heureux"
Est un des plus beaux poèmes du monde ; Aragon, pourtant très inégal, atteignait souvent au génie !


Jim
Membre
Messages : 2783


Posté à 01h36 le 21 Sep 22

Lien internet

Le vrai Zadjal d'en mourir


O mon jardin d'eau fraîche et d'ombre
Ma danse d'être mon cœur sombre
Mon ciel des étoiles sans nombre
Ma barque au loin douce à ramer

Heureux celui qui meurt d'aimer

Qu'à d'autres soit finir amer
Comme l'oiseau se fait chimère
Et s'en va le fleuve à la mer
Ou le temps se part en fumée

Heureux celui qui meurt d'aimer

Heureux celui qui devient sourd
Au chant s'il n'est de son amour
Aveugle au jour d'après son jour
Ses yeux sur toi seule fermés

Heureux celui qui meurt d'aimer

D'aimer si fort ses lèvres closes
Qu'il n'ait besoin de nulle chose
Hormis le souvenir des roses
A jamais de toi parfumées

Heureux celui qui meurt d'aimer

Celui qui meurt même à douleur
A qui sans toi le monde est leurre
Et n'en retient que tes couleurs
Il lui suffit qu'il t'ait nommée

Heureux celui qui meurt d'aimer

Mon enfant dit-il ma chère âme
Le temps de te connaître ô femme
L'éternité n'est qu'une pâme
Au feu dont je suis consumé

Heureux celui qui meurt d'aimer

Il a dit ô femme et qu'il taise
Le nom qui ressemble à la braise
A la bouche rouge à la fraise
A jamais dans ses dents formée

Heureux celui qui meurt d'aimer

Il a dit ô femme et s'achève
Ainsi la vie ainsi le rêve
Et soit sur la place de grève
Ou dans le lit accoutumé

Heureux celui qui meurt d'aimer

JEVNES AMANS VOVS DONT C'EST L'AAGE
ENTRER LA RONDE ET LE VOÏAGE
FOV S'EPARGNANT QVI SE CROIT SAGE
CRIEZ A QVI VOVS VEVT BLASMER

HEVREVX CELUY QVI MEVRT D'AIMER

in LE FOU D'ELSA
EPILOGUE (1492 – 1495)
APOCRYPHES DES DERNIERS JOURS




Ce message a été édité - le 21-09-2022 à 01:47 par Jim


CinquiemeVallee
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Messages : 691


Posté à 12h22 le 21 Sep 22

Peut-être fut il inegal
Atteignant de sublimes cimes
Et quand je rampe au fond du val
En barbotant ma rame rime

..."Si je pouvais être inégal !
Mdr


Jim
Membre
Messages : 2783


Posté à 16h07 le 21 Sep 22

Les sommets himalayens, 5V, sont inégaux. Certains gugus le sont sur les crêtes, d'autres sur fond des caniveaux : la taille des fluctuations ne varie pas avec l'altitude... C'est bien, dans le casino du quotidien, d'avoir des cimes à regarder quand on a les pieds dans les croupières creusées par les croupiers.


Lou
Membre
Messages : 127


Posté à 17h11 le 02 Oct 22

Aragon avait les yeux D'Elsa

Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L'été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L'enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août

J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa.

Louis Aragon.


Ellebore
Membre
Messages : 1


Posté à 14h28 le 25 Oct 22

Puissant ce poème;

la question est donc,

est-ce que ca vaut le coup et surtout a-t-on vraiment le choix ?

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