Si vous vous contentiez, monsieur,
d'un beau miroir tout fou de vous,
l'éclat baissant avec les yeux,
nous n'en aurions aucun courroux,
comprenez-vous ?
Mais, depuis quelque temps, beau sire,
vous voulez gouverner en tout ;
laissez-moi dire, sans médire,
que ce n'est pas de nôtre goût,
comprenez-vous ?
Que vous nommiez des impuissants
et des amis tout votre saoul,
qui n'ont en veines aucun sang,
après tout, le péquin s'en fout !
comprenez-vous ?
Mais, quand vous nommez aux affaires
certain pignouf au chancre mou,
il est normal qu'un prolétaire
vienne un peu vous chercher des poux,
comprenez-vous ?
Parce qu'un beau jour, au bureau,
avez joué les touche à tout,
nous voyons en vous le bourreau
de ceux que vous poussez à bout,
comprenez vous ?
Je ne suis pas méchant, messire,
mais, vous savez, j'aime beaucoup
tous ces amis réduits au pire,
qui n’attendent plus rien de vous,
comprenez-vous ?
Bien des amis, ô mon beau sire !
sont aujourd'hui d'ici partis,
car vous avez laissé vos sbires
traîner nos biens vers la sortie,
Comprenez-vous ?
Car ce n'est pas un jeu, la paix,
monsieur, il s'en faut de beaucoup !
et l'on ne peut tirer un trait
sur les victimes de vos coups,
Comprenez-vous ?
Mais je ne fais pas de manières
et ne me plains pas, devant vous ;
c'est que nous n'avons rien à faire,
pas plus de vous que de vos poux,
Comprenez-vous ?
Mais quand nous ne prierons plus dieu,
quand nous serons à bout de tout,
nous saurons bien à qui, monsieur,
il nous faudra tordre le cou,
Comprenez-vous ?
©Le pseudo Voltaire
Voir :
https://lespoetes.net/forumvoirtopic.php?t=21452&page=1#p_149784
Ce message a été édité - le 20-06-2023 à 05:30 par Jim