Pitié !
Je sollicite une grâce : l'oubli
- Et le pardon pour l'aigreur de mes frasques ;
J'en ai l'esprit poisseux, lourd, tout empli ;
Mes ressentis en sont devenus flasques,
De ce roman pauvre et mal établi !
Ma prière est : je voudrais qu'on m'ignore ;
Laissez-moi, fleur, être un peu transparent,
Considérez-moi comme métaphore,
N'imaginez, surtout, m'être parent,
Et nonobstant les sons de ma mandore,
N'allez - maman ! pas me prendre en pitié !
Mon seul vouloir, c'est de l’indifférence !
De ces affects dont vous m'avez lié,
Je vous rends tout, belles dames de France,
Puissent mes maux avoir rassasié
Mainte âme trouble aux griffes accrochées
- J’eus le malheur d'en être goguenard -
Vos mains, pardon de les avoir touchées !
Et d'avoir cru l'ivresse de ce nard
Que j'ai senti dans vos flasques bouchées.
N'y pensez pas ! (Je m'éteins lentement)
Etreindre semble un ébat très complexe,
Une ascension trop chère - pour sherpas -
C'est Cupidon qu'on bafoue et qu'on vexe,
Volant la chair de son dernier repas !
Je suis chenu, puis vous m'êtes rebelle ;
Abandonnez l'aède à son radeau !
Je ne sais plus - toi - comment l'on t'appelle...
Suis-je insipide, et plat comme de l'eau ?
Oubliez-moi ! Partez à tire d'aile !
Oui ! d'existant, je n'ai plus que des cris
Qu'on entend mal - car ma voix s'est cassée
A s'exciter de phrases et d'écrits
Jetés au nez d'une ou l'autre, agacée.
- En ma palette, il n'est plus que du gris !
C'est mon désir, et c'est une supplique,
Pardonnez-moi d'être si malheureux
Quand votre goût me violente et me pique
Et qu'en plus, seul, je me retrouve creux
Et plus boiteux qu'une seule italique !
Accordez-moi l'or de l'incognito,
Cette anonyme et doucereuse essence,
Où l'être peut disparaître in petto
Devant le dard du piège qu'on lui lance,
Dont le vortex montera crescendo...
Ne cherchez plus ! en moi rien ne palpite ;
L'ithyphallique appartient au passé !
Je suis bien mort, plus rien, là, ne m'habite,
D'acres amours, in fine, m'ont lassé,
Et la mémoire est ma seule pépite...