L'arraché
L'envie accrochée au flanc des nuées,
Et de la vue, à suivre en vain le vent,
Dans les vapeurs des larmes embuées,
Deuil éternel d'un temps toujours suivant...
Sentir la vie enfuie entre les doigts
Passer, poisson plus fluide, irrattrapable,
Que ne le sont les congres des détroits !
Floué, fouir, creuser encor la fable
Pour y chercher quelque interne sortie
Au labyrinthe obtusément fermé
Où poussent - peu - l'ancolie et l'ortie
Sur l'humus cru du crime réfréné.
Rien qui ne dure ! ici, qui ne soit pur
D'une existence où tout l'espoir oscille,
Vibrant d'amour de révolte et de peur,
Entre un feu noir et ta blancheur, ô cygne !
Dans le granit, gracile, est une image,
Un doux relief inconnu du burin,
Cœur intrinsèque en quartz, mica sans âge...
Bientôt réduit comme peau de chagrin !
J'étais ! Serais-je ? Avoir été fut-il ?
Tout est de sable ! et qu'en est-il de l'Aile ?
O l'or futile au ciel ! si, comme un cil,
Le vivant ne tombait dans l'éternité belle...