Ben, je maintiens, « un peu » intello. Ça m’a fait penser au poème de Prévert, « Page d’écriture », mais qui semble quand même plus limpide, plus « simple », et on « voit » les choses devant soi :
"(…) Et les vitres redeviennent sable
L'encre redevient eau
Les pupitres redeviennent arbres
La craie redevient falaise
Le porte-plume redevient oiseau."
Là, on comprend l’idée (enfin, je crois), et on apprécie effectivement le vers « cherchant sous la cocotte un cygne » (encore que, tordu comme je suis, je me suis demandé un moment s’il ne fallait pas comprendre « un signe » en sens second ? mais il semble que non). Le 3ème vers par exemple n’est pas évident à appréhender, et le « duo des sons avec le sens », certes plus compréhensible, fait un peu « dissertation », à mon avis. Enfin, je suis sans doute obtus, mais il m’a quand même fallu relire le poème plusieurs fois pour mieux l’appréhender. Disons que ce n’est pas totalement « évident », un peu abstrait peut-être, si c’est le mot « intello » qui gêne. Et ce même si la cocotte est bien physique, elle.
Ça ne veut pas dire que c’est mauvais, loin de là, ce sont juste mes réflexions personnelles. Pour moi, un poème non « intello », ce serait un poème qui ferait directement appel aux sensations, d’une part (vue, ouïe, odorat, goût, toucher essentiellement), et/ou aux sentiments (joie, tristesse, peur, colère, honte, surprise…) : précisément ce que j’apprécie dans le (bon) haïku – qui lui, se caractérise notamment par son « évidence ». Là, je dirais que ça fait davantage appel à la compréhension, donc au cerveau : même quand on comprend, on a du mal à « ressentir ». C’est pourquoi j’ai utilisé le terme « intello », même si on peut sans doute trouver mieux.
J’espère m’être un peu expliqué. Ce n’est pas un jugement de valeur, c’est une (tentative d’)analyse, toujours plus intéressante, à mon avis, que les « olalakesébo » rituels.