J'attends le train de 23 heures. La gare est presque déserte.
Un clochard dort sur la banquette du hall d'entrée. Il est basané, ridé, par les années de beuveries ; son nez violacé de vaisseaux, perforé de petits trous. Il souffle fort, léger ronflement, régulier, son sac coincé sous la tête.
Unique vestige de son bien, précieux. Il a chaud dans son manteau marron que les maraudes ont dû lui donner.
Il fait froid, je rêve d'un café chaud mais le coffee-shop vient de fermer. Le piano aussi s'est tu, les notes ne volent plus.
Je marche de long en large, tapant les mains l'une contre l'autre. Un homme arrive tirant sa valise, pressé, il se dirige vers le quai. Le train n'arrive que dans vingt minutes environ.
Quelques passagers s'installent sur les banquettes, parlent doucement comme une messe basse, un murmure.
Puis l'annonce du train se fait entendre, il sera à l'heure.
Le clochard dort toujours.
Les voyageurs se lèvent et se dirigent vers le quai.
J'attends le dernier moment, quand soudain un bruit tonitruant se fait entendre. Le train arrive dans un grincement de ferraille, lancé à vive allure.
Il est temps de quitter la gare, je monte dans le train, voiture deux, place B6. Je vais pouvoir enfin dormir bien au chaud.
Le train démarre; les lueurs blafardes de la gare s'éloignent. Enfin le départ.
Je ferme les yeux, les paupières lourdes. J'arriverai à l'aurore, à l'heure où le soleil apparait éclairant le ciel de sa couleur grise, estompant les brumes matinales.
Je prendrai un café chaud, un croissant ou deux et je l'apercevrai enfin, elle, ma bien aimée qui m'attend à l'autre bout de ce voyage.