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Par : Lasource
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Lasource

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Pour Jim

Sévère récit. Un oued qui s'évase et se perd parmi les syrtes. Au large, un grand navire minuscule, figé par la distance. Cris d'oiseaux de mer.
 
Voici qu'ils s'approchèrent, vêtus en bédouins. Leurs oripeaux dissimulaient mal les canons bronzés noir de guerre de leurs fusils d'assaut. Certains pieds nus. Fantômes sortis du mirage.
 
Des femmes s'enfuirent vers le village de terre crue. Leurs outres abandonnées se vidant stupidement. Taches sombres qui s'évasent et se perdent dans la poudre.
 
Une camionnette vint charger les combattants, repartit, s'amenuisant à travers les dunes. Elle disparut enfin dans un nuage. Silence. Grincements de bois. Cris des oiseaux de mer.
 
Timidement au détour du talus femmes et fillettes réapparurent. Ramassèrent les outres flasques.
 
Autour du chadouf, le dromadaire en ruminant s'était ébranlé pour un nouveau cercle de marche lente. Ses sabots laissaient de larges fleurs d'ombre.
 
Éclats de rires. Outres enfin rebondies dans un gloussement argenté. Virevoltantes jupes multicolores. Puis elles sont parties, les bras gracieux, abandonnant derrière elles les cris des oiseaux de mer et le rivage où l'oued s'évase et se perd parmi les syrtes.

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Jim

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Je ne répondrai pas :

« Malgré quelques recherches, je n’ai pu me passionner pour Caïn. J’ai seulement appris qu’il avait la réputation d’un animalier adroit. Cependant, je pense souvent à lui. C’est une pente d’esprit qui vous vient à Oran. Voici un artiste au nom sonore qui a laissé ici une œuvre sans importance. Plusieurs centaines de milliers d’hommes sont familiarisés avec les fauves débonnaires qu’il a placés devant une mairie prétentieuse. C’est une façon comme une autre de réussir en art. Sans doute, ces deux lions, comme des milliers d’œuvres du même genre, témoignent de tout autre chose que de talent. On a pu faire la « Ronde de Nuit », « saint François recevant les stigmates », « David » ou « l’Exaltation de la Fleur ». Caïn, lui, a dressé deux mufles hilares sur la place d’une province commerçante, outre-mer. Mais le David croulera un jour avec Florence et les lions seront peut-être sauvés du désastre. Encore une fois, ils témoignent d’autre chose.

Peut-on préciser cette idée ? il y a dans cette œuvre de l’insignifiance et de la solidité. L’esprit n’y est pour rien et la matière pour beaucoup. La médiocrité veut durer par tous les moyens, y compris le bronze. On lui refuse ses droits à l’éternité et elle les prend tous les jours. N’est-ce pas elle, l’éternité ? En tous cas, cette persévérance a de quoi émouvoir, et elle porte sa leçon, celle de tous les monuments d’Oran et Oran elle-même. Une heure par jour, une fois parmi d’autres, elle vous force à porter attention à ce qui n’a pas d’importance. L’esprit trouve profit à ces retours. C’est un peu son hygiène, et, puisqu’il lui faut absolument ses moments d’humilité, il me semble que cette occasion de s’abêtir est meilleure que d’autres. Tout ce qui est périssable désire durer. Disons donc que tout veut durer. Les œuvres humaines ne signifient rien d’autre et, à cet égard,, les lions de Caïn ont les mêmes chances que les ruines d’Angkor. Cela incline à la modestie. »

Mais suggèrerai :

« Un matin, où une brume légère qui stagnait sous les arbres annonçait les ardeurs d’une journée torride, ils allèrent se baigner dans le golfe dont on voyait du château scintiller les étendues liquides et éternellement vides. Une puissante voiture les emporta par des chemins cahotants. Un brouillard translucide et doux pesait sur tout ce paysage dont le caractère était apparu la première fois à Albert comme si intensément dramatique. Dans l’air entier circulait une fraîcheur salée et cinglante, accourue des gouffres de la mer et chargée d’une odeur plus enivrante que celle de la terre après la pluie : il semblait que chaque parcelle de la peau en épuisât simultanément les profondes délices, et , si l’on fermait les yeux, le corps prenait d’un coup pour les sens la forme d’une outre entièrement close de chaudes ténèbres, dont eût été perçue partout en même temps la paroi vivante et merveilleuse, au contact d’une fraîcheur non plus accidentelle, mais tellurique, et qui semblait irradiée par tous les pores de la planète autant que par le soleil son insupportable chaleur. Le vent claquant de la mer fouettait le visage en longues vagues lisses, arrachait au sable mouillé une poussière étincelante – et de grands oiseaux de mer aux longues ailes, par leur vol saccadé et leurs brusques arrêts, semblaient indiquer son flux et son reflux pareils à ceux de la mer sur des plages aériennes et invisibles où, les ailes étendues et immobiles, ils semblaient par instants s’échouer comme des blanches méduses. La grève mouillée était mangée par de longs bancs de brumes blanches que la mer plate, et qui réfléchissait les rayons presque horizontaux du soleil, éclairait par dessous d’un poudroiement lumineux, et les écharpes lisses du brouillard se distinguaient à peine pour l’œil surpris des flaques d’eau et des étendues unies du sable humide – comme si l’œil enchanté, au matin de la création, eût pu voir se dérouler le mystère naïf de la séparation des éléments.

Ils se dévêtirent parmi les tombes. Le soleil jaillit des brumes et éclaira de ses rayons cette scène au moment où Heide, dans sa radieuse nudité, marcha vers la mer d’un pas plus nerveux et plus doux que celui de la cavale des sables. Dans le paysage miroitant que composaient ces longs reflets mouillés, dans l’horizontalité toute-puissante de ces bancs de brume, de ces vagues plates et lisses, de ces rayons glissants du soleil elle surprit l’œil tout à coup par le miracle de sa verticalité. Sur la grève dévorée du soleil et d’où toute ombre était bannie elle fit courir des reflets sublimes. Il semblait qu’elle marchât sur les eaux. En face d’Herminien et d’Albert, dont l’œil courut alors longuement sur son dos puissant, lisse et ténébreux, sur la lourde masse de sa chevelure, dont la poitrine se souleva avec la merveilleuse lenteur de ses jambes, elle se découpa juste sur le disque du soleil levant, qui fit ruisseler jusqu’à ses pieds un tapis de feu liquide. Elle éleva ses bras, et soutint sans effort le ciel de ses mains comme une vivante cariatide. Il semblait que le flux de cette grâce prenante et inconnue ne pût se prolonger un instant de plus sans rompre les vaisseaux du cœur à son rythme étouffant. Alors, elle rejeta la tête en arrière, et ses épaules se haussèrent d’un mouvement frêle et doux, et le froid de l’écume qui vola sur sa poitrine et son ventre fit bondir en elle une volupté si insoutenable que ses lèvres se replièrent sur ses dents – et à la surprise des spectateurs jaillirent à l’instant de cette silhouette exaltante les mouvements désordonnés et fragiles d’une femme.»
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Là Messieurs c'est très beau mais, oui! oui! il y a un mais pour moi cela devient rasoir. Bien évidemment ce ne sont que mes appétences 😎
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Mais comme dit Brassens: "...je ne rejette plus personne....quand qqu'un ne me convient pas, je me dis que c'est de ma faute et je me dis que j'y reviendrai dans 5 ans..." 😃
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Pierre

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Allez savoir pourquoi je pense à Sisyphe et son mythe...
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Sourire...
C'est qu'il est certainement caché dans chacun de vous 😎
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Lasource

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Moi c'est Septsyphe et son chéro !
Allez savoir pourquoi !
J'ai admiré la prose de Jim, Un grand écrivain. Mais pas compris pourquoi il nous offrait ses pages... Mon poème en prose était juste un mini roman, c'est tout...
Une apparition. Moderne.
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Pierre

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Quand tu dis "un grand écrivain" y'a pas de jeu de mot j'imagine...
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Lasource

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La citation est-elle du Jim ou du Camus ou du qui ? J'y connais rien en littérature moi ! J'admire sincèrement le "je suggèrerai + sa tartine de prose sexy...
le froid de l’écume qui vola sur sa poitrine et son ventre fit bondir en elle une volupté si insoutenable que ses lèvres se replièrent sur ses dents – et à la surprise des spectateurs jaillirent à l’instant de cette silhouette exaltante les mouvements désordonnés et fragiles d’une femme.»
Fascinant, mais c'eût tété bien plus fascinant si ça avait fini par "d'un homme"...

Mais c'est vrai qu'les zomos ne sont pas forcément... bien vus.
(On peut les prendre parfois pour des femmes !)


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Jim

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Je te remercie, Lasource, de ton compliment non mérité car, si j'étais cet écrivain, je serais deux fois plus grand qu'une seule des moitiés exposées...
Il est vrai que pour une d'elle, qui nous est tendre, Pierre et toi sentîtes le vent qui ne balaye pas que les syrtes d'Oran.
Et quant à l'autre moitié, la réponse est dans ton texte dont j'ai tant apprécié la qualité qu'elle m'induisit involontairement en ces devinettes.
Je suis proprement confus...

Hors sujet : je suis en train de lire un recueil d'articles acquis récemment de Nerval journaliste. J'y découvre un Gérard caustique en diable que sa production plus connue ne laissait pas supposer : "Histoire véridique du canard" paru chez "Le Castor Astral". Nous sommes en plein bestiaire ! A lire, c'est drôle et fascinant.
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Lasource

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Je vais demander au castor de me filer un SP. C'est pas d'jà paru, ces textes là ?
Au rendez-vous de ton rivage des syrtes, y a-t-il aussi des Outangs ? Héhéhéhé !
Ce sont images du Sah'ra, côté El Ayoun.
Salut.
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Jim

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L'homme des arbres s'abreuve à la source.

Nous y sommes, le second extrait est de Julien Gracq (Au château d'Argol), et le premier d'Albert Camus (L'été).

Pour Nerval, ces textes sont probablement dans "La Pléiade".
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Lasource

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Pluzérudi, tumeur ! Avec Gracq je craque. Avec Camus, je mue.
Ah toutes ces oeuvres que je crains que Jim n'astique au point de les user !
Étrange ce goût de pays enfouis dans le passé, qui n'existent plus que dans les livres...