Etude
"Mais, cher Satan, je vous en conjure, une prunelle moins irritée !"
(Rimbaud)
Celui-ci, docile, est bien sage,
Mais cet autre, chassieux, présage
Du trouble épars de son penser,
Ou de ce flou qu’on doit à l’âge…
L’œil mutin, qu’on voit balancer,
Jeune, entre joie et moquerie,
Fait de vieux sourcils se froncer
Sans se laisser influencer !
Mais l’iris que sagesse strie
N’atteint point la fréquence aigrie
Où choit la passion rabougrie
En redondances, des temps blets !
Quelque trouble étrange qu’on sente
Devant certains airs aigrelets,
Maculas sournoises des laids,
Ces reflets que vous distillez !
…Devinez quelle extase hante,
Tracée au feu de mes stylets,
A mieux regarder, tous ces lais
Qui décalent les sons fêlés !
Ils font la rétine tremblante,
Pauvre cornée où rien ne chante,
En vous observant lire – mal –
La Poésie incandescente !
O Cyclope phénoménal,
Tu mires d’une orbite unique
Où rougeoie un affreux fanal :
La cruauté du vieux dieu Baal !
Basilic ! et Méduse inique
A l'uvée aristocratique,
Votre vue est pour nous critique,
Simples ocelles des démons !
Vairon, ta couleur dissonante
(Mystérieux fards que nous aimons)
Rare en nos plaines et nos monts,
Tire boussoles et gnomons,
Les cils dont l’attention nous vante
Et désigne, comme étymons,
Ces curiosités, sous des noms
Semblant de rois Agamemnons !
- L’œil -
…Cette âme ovale et vagabonde
Avide des secrets du monde
Où l’image cachée abonde,
Trie et mesure, élague, émonde…
Mauvais œil, de bœuf, de velours ;
Dedans la tombe, ou du cyclone ;
Appuyés, charmeurs, regards lourds ;
Expression plate inscrite au clone ;
Œillère, œillade, œillet des jours,
Dans un printemps qu’on papillonne...
Ce message a été édité - le 17-05-2025 à 08:06 par Salus