Moi, le maître du champ, du clos et du verger,
J’ai vu mûrir le fruit à la branche alourdie
Et la grappe charger le cep que son or plie,
Et j’ai laissé la porte ouverte à l’étranger !
Que tous entrent ici cueillir et vendanger,
Chacun selon sa force et selon son envie ;
Je pars, et que la mer, au gré du vent, dévie
Ma fortune nouvelle et mon vaisseau léger !
Je ne reviendrai plus ; vous m’oublierez. L’automne
Ramènera le fruit et la grappe. Personne
Ne se souviendra plus de celui dont la main
Planta l’arbre docile et la treille certaine,
Et qui changea, reprise à son Dieu souterrain,
La source sans visage en masque de fontaine.
(La sandale ailée – 1903/1905)