Le Départ (Henri de Régnier)

Par : Jim
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Jim

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Moi, le maître du champ, du clos et du verger,
J’ai vu mûrir le fruit à la branche alourdie
Et la grappe charger le cep que son or plie,
Et j’ai laissé la porte ouverte à l’étranger !

Que tous entrent ici cueillir et vendanger,
Chacun selon sa force et selon son envie ;
Je pars, et que la mer, au gré du vent, dévie
Ma fortune nouvelle et mon vaisseau léger !

Je ne reviendrai plus ; vous m’oublierez. L’automne
Ramènera le fruit et la grappe. Personne
Ne se souviendra plus de celui dont la main

Planta l’arbre docile et la treille certaine,
Et qui changea, reprise à son Dieu souterrain,
La source sans visage en masque de fontaine.


(La sandale ailée – 1903/1905)
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Pierre

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J'ai un bouquin, une manière d'anthologie de la poésie française et belge de 1820 à 1920, fait par un prof de lettre en 1941 (...!) Régnier y figure avec plein d'autres dont on ne se souvient pas beaucoup...
Je suis toujours ému par la poésie "simple"... Je pense même que c'est la seule qui vaille vraiment.
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Jim

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J'ai trouvé ce sonnet dans le recueil nommé, une vieille édition de Mercure de France datée de 1906, dénichée en farfoullant.

J'ai aussi dégotté des "Morceaux choisis" dans un recueil "Poètes d'aujourd'hui", recueillis donc par Ad. Van Bever et P. Léautaud, toujours au Mercure en date de 1908 ; là, j'y trouve des inconnus.
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Pierre

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je regarderai l'édition de celui dont je parle et te dirai.
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Evemarie

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Superbe poésie.
Merci Jim de nous exhumer de telles perles.
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Jim

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Oui Eve ! Et ce n'est pas un classique, plutôt un post-symboliste, influencé par Verlaine, ainsi que par Hérérdia duquel il tire cette exigence formelle.
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Pierre

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ah mince j'avais oublié...dès que je suis chez moi je regarde pour le bouquin...
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Pierre

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Bon alors voilà: "les poètes français 1820-1920" par Ch?-M. DES GRANGES chez Hatier en 1941.

Je te donne en dessous un des poèmes qu'il contient, celui-ci est d'Angelier et s'appelle "les caresses des yeux":

Les caresses des yeux sont les plus adorables;
Elles apportent l'âme aux limites de l'être,
Et livrent des secrets autrement ineffables,
Dans lesquels seuls le fond du coeur peut apparaître.

Les baisers les plus purs sont grossiers auprès d'elles;
Leur langage est plus fort que toutes les paroles;
Rien n'exprime que lui les choses immortelles
Qui passent par instants dans nos êtres frivoles.

Lorsque l'âge a vieilli la bouche et le sourire
Dont le pli lentement s'est comblé de tristesse,
Elles gardent encor leur limpide tendresse;

Faites pour consoler, enivrer et séduire,
Elles ont les douceurs, les ardeurs et les charmes!
Et quelle autre caresse a traversé les larmes?

(ce dernier vers est d'ailleurs et à mon avis génial)