Pirogue
Une offrande était faite auprès de Manghénine :
Un pot de tabac brun, quelque igname, un
taro ;
Le maître de céans, le grand serpent d’Oro,
Aurait sur l’abattage un regard magnanime.
Un premier coup de hache au pied du
kaori,
La sève descendait, c’était la vieille Lune ;
Couchée horizontale, une impeccable grume
Devenait vite un fût, de l’écorce, amaigri.
Sous les cris du
cagou, les coups de barre à mine,
Le feu creusaient la chair tendre comme l’
uru,
L’herminette évidait, lissait le bois écru,
L’oiseau striait le ciel de sa note canine.
L’acte final de ce tropical opéra :
Sur l’épaule, les fustiers portent la fortune ;
Aucun tabou n’est transgressé, c’est la coutume,
Longtemps sur le
lagon, l’arbre naviguera.