à Jacques Charpentreau (*)
À la source d’Hippocrène
J’étais allé m’abreuver,
Fuyant le chant des sirènes
Qui cherchaient à m’enlever.
Qui veut ouïr, qu’il entende
Ce que je rapporte ici :
Ainsi parle la légende,
Ainsi le dit le récit.
J’étais l’arrogant poète
Laudateur de Marathon ;
Je fusais, tel la comète
Que fut un jour Phaéton.
Je me prenais pour Pégase,
Je portais Bellérophon ;
Et je jubilais d’extase,
J’étais l’aigle et le griffon.
Nous pourchassions la Chimère,
Nous galopions jusqu’aux cieux,
Foulant la gloire éphémère
D’un sabot audacieux.
Arrivés devant l’Olympe,
Nous soufflâmes un instant ;
C’est là qu’en secret regrimpe
Sournoisement le Titan.
Mais, au faîte de la Grèce,
Fatigués de notre orgueil,
Les héros et les déesses
Nous clouèrent sur le seuil
Et de là, précipitèrent
Au sol, pour mieux l’oublier,
Mon beau guerrier solitaire :
Je n’ai plus de cavalier.
Démiurge visionnaire,
Je restais à chanter seul
Le soleil et le tonnerre
Et leur ténébreux linceul.
C’est raté, je me résigne
À reprendre le train-train ;
Et piteusement j’aligne
Quelques plats alexandrins.
(*) Préfacier du « Fantastique en poésie » (Folio junior), à qui j’ai emprunté quelques références.