Prosodie impromptue
Que le printemps qui naisse efface
Ce pli sur la néfaste fesse
Du temps, que l'hiver a tracé,
Tant de l'arçon racé du vers
Dans les faveurs du renouveau
Qu'aux rameaux des accents en fleurs.
Sis dans l'inconsciente oreille
Dort le lys d'une scie ancienne :
L'écho vit comme aime une nymphe,
Cette fée imitant l’ego,
Solitaire unanimement
En l'humain d'où ment le mystère
Qui l'inspire et le fait voyant
Lorsque louvoyant dans l'Epire
Sa Muse mise sur le chant,
Feu géant émis du mutisme
Magiquement signifiant
Défiant l'antique cément
Qui durcit l'acier du langage,
Cette cage étrange à scier
En brouillant l'aisance des sons
Dans l'encens des raisons bouillant
Au dard vif de notre athanor
Fardant d'or tout cet art captif
Par les mots qui sont l'oxygène
Endogène et fécond d'émaux
De l'aède et son démon,
Si le ton qui l'aide est son don
Et la psalmodie une épure
Sûre, un trait de palinodie
Par lequel, greffé, le réel,
Cet intemporel aigle-fée,
Planera, rapace et logique,
Sur le pélagique entre-espace
Où s'élève le frontispice
Du Livre ouvert qui bisse et rêve,
En pliant la forme et le fond
A l'éternelle mélodie
Blottie, inerte, mais sous l'aile
D'Euterpe animant la Musique,
Ce cyclique aimant de la harpe
Dont l'équipollence soutient
Le maintien qui donne sa danse
Au vivant du bruire et du vent,
Enfantés pour ne devant luire
Que d'euphonie et de tempo
Aux tympans fanés où se nie
L'essence princeps du logos :
Os, forceps nous pinçant les sens !