Au sommet du clocher

Par : Rekkat
Il faut être inscrit et connecté pour répondre à un topic.
Avatar

Rekkat

Posts: 4

Membre

Au sommet du clocher

Ce garçon attend sur le clocher
Au sommet avec les tuiles vertes.
La lune ronde et belle amène ses rêves avec le vent
Et dans la nuit emporte ses tourments.

Il écrase un gâteau moelleux entre ses pouces
Car en jeter des dés de madeleine depuis cette hauteur
Voilà qui l’aidera à tromper ses humeurs.
Si la solitude s’écoule alors dans une mélodie douce
C’est que l’amertume est sa Reine
Et le silence le roi qui veille sur Elle, chaleureux.

« Partager est vain quand on attend
Partager est vain quand n’importe qui n’est pas là
Toi qui disparais, prendras-tu ce pain ? »
Pense-t-il alors, continuant son offrande
Sans cible qui s’évanouit au bas.

Au loin il observe les bâtiments
Les murs épais des quadrilatères cages de gens.
Ces pierres effritées sont celles d’une cité
Grandiose et loyale, ambitieuse dédicace
Au Soleil Ardent ;
Mais ne fut-ce pas bâti par le sang royal
Pour une illusion de cadre de vie
Existant dans leurs esprits uniquement ?

Tout le monde y cohabite malgré tout
Bien avec peine de communication et mauvais espoirs.

Si le maigre ciment qui s’y attache
Pour relier la société comme les terrasses
N’est donné que par la gourmandise
Et le repos sans objectif ni évolution
Alors où est le vrai partage ? Où est la véritable maison ?

Tant d’enfants ont leurs jeux roses interrompus
Chaque jour, et autant d’adultes sont assis sans fortifications.

« Plutôt que d’investir dans l’authentique information
Distribuons les journaux pour oublier l’ennui
Occulter que rien n’est encore bâti
De pérenne, que rien d’humain ne sera acquis
Sans un peu plus de peine. » - songe
Le garçon au sommet du clocher.

C’est ce matin qu’il l’a trouvé
L’emballage reluisant de la friandise gâchée
Au milieu d’une page de lignes minuscules,
Noires et blanches, laissée sur le pavé.

« Avec qui partager mon enthousiasme demain ? »
Il frotte et enlève un morceau du gâteau.
« Avec qui danser sans aucun souci mondain ? »
Il frotte et enlève un morceau du gâteau.
« Puisqu’il n’y a personne, distribuons ces miettes
Pour apprécier la futilité d’un autre geste agacé. »

Avec le froid, protégé par le manteau
De ses souvenirs d’enfance,
Il balance ses pieds, balance sa jambe
Qui est telle la canne du clocher.

L’horloge invisible de la structure
S’étire et s’avance, forte de cette aiguille acérée -
Quelqu’un attend là-haut depuis très longtemps
Mais juste cette nuit il apparaît vraiment.

Personne d’autre n’osera-t-il s’aventurer
Dans les airs ténébreux pour inventer des sérénades comme lui ?
Qui aura donc l’envie d’aller un autre soir
Boire lui aussi au sommet du clocher sa mélancolie ?

Pour l’instant, le garçon attend
Les rues désertes alors, son repas achevé.
Il imagine de maigres oiseaux attirés,
Qui prendraient un envol romantique,
Amenant l’aurore avec eux.

Mais il était deux heures du matin et à cet instant,
Une pluie fine commença à tomber.
Avatar

Pierre Lamy

Posts: 3808

Membre

On ne peut que féliciter l'auteur
Pour l'auréole lyrique
Dont il pare ce clocher