Se mirant sur la page offerte à la surface
De l’eau d’un vieux lavoir empli de potamots
Où des milliers de fois, elle usa ses rotules,
Où, fors le faix des ans, les souvenirs font trace,
Surgissent de son cœur –toujours les mêmes mots- ;
Resplendit-elle encor sous ses lins et ses tulles.
Elle a couru le monde, elle a couru Paris,
Elle a brisé des cœurs, bien autant que ses chaînes,
S’est enivrée aux ports près de tristes marins
Dont elle était l’objet de salaces paris,
A su citer l’amour, a suscité les haines,
A pris, à corps perdu, de l’enfer, tous les trains.
Puis, elle est revenue au bourg et, ce dimanche,
Ses mains dans l’eau glacée, elle revoit l’enfant
Qui perchée et si fière au bois d’une brouette
Avait tant de désirs filant en avalanche,
De boulotter la vie à ressentir le vent
S’engouffrer dans ses sangs de douce girouette.