L’ironie s'écoule et d’instinct nous mesure,
Sans jamais cicatriser notre blessure,
Qu’elle polit et grave d'une même figure
Par ce qu'elle nous offre et ce qu'elle abjure.
Elle est la bouée sur le fleuve tumultueux
Quand l'éternité s’ouvre en abîme vertigineux,
Que s’étale devant nous un présent périlleux
Fracturant l’avenir de ses doigts séditieux,
Elle est aussi le masque de la pudeur,
Qui détourne le sourire et sa fausse chaleur,
Un instant sincère qui parfois nous leurre
Pour tenir debout la déchirure qui pleure.
Mais si, à force, le camouflage épouse le visage,
Le cœur n'entend plus qu'un rire sans ancrage ;
Le décor et le corps se dissolvent en mirage,
Et l'on reste au rivage sans oser le passage.
Parfois blessante, souvent mordante,
Elle accouche des vérités étouffantes,
Et des conventions se tient assez distante,
Devenant dignité sans prendre la tangente.
L’ironie s'écoule et pourtant nous mesure.