PETITE AURORE

Par : Lasource
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Lasource

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Le jour gorge-de-pigeon s'éteint dans la fenêtre. Une limace à tête d'or rampe à l'horizon de la vallée. Vers elle aimanté, s'étire un pseudopode laiteux du village. Lenteur insensible des choses...

Inerte, dans l'obscurité, tu attends, ombre diluée dans l'ombre, silhouette en expansion dans l'informe. Une certaine aise somnolente. Au secret de ton esprit veille seulement, à rougeur de chapelle, un lumignon de solitude qui palpite au rythme du temps qui passe.

Cette sensation de naufrage au-milieu de la dislocation du chaos : fantômes blancs, cristallins, émoussés ou acérés à l'instar des architectures fondantes d'une banquise que disperse le dégel !

Inerte, dans l'obscurité, tu attends, ombre diluée dans l'ombre, silhouette en expansion dans l'informe. Les feuilles devant toi, éparpillées, dérivent dans leur pâleur vague à travers l'immobilité de ton regard. Une certaine aise somnolente, un rêve de Belle au Bois Dormant...

Dans ton dos, par l'autre fenêtre, il y a, en haut de la colline, le bosquet noir où s'est échoué, malgré l'atmosphère on ne peut plus paisible, ce Costa Concordia scintillant de tous ses feux qu'est la nuit d'équinoxe,

Avec à bord son équipage de fantômes chers, sa foule de rêves, passagers plus ou moins clandestins, et son pandémonium de cauchemars... Des glaçons, là-bas devant toi, éparpillés, dérivent dans leur pâleur vague à travers ta vision intérieure, à distance d'hypnose...

Parfois un craquement de la membrure du silence, à l'extérieur, fait taire durant une minute élastique la rumeur qui s'insurge au plus noir de toi. Au secret de ton esprit veillent certains démons-enfants qui ont peine à s'endormir !

Comme dans la réalité, pendant cette éternité, le capitaine n'est pas sur la passerelle : alors qu'ils s'affaire dans sa cabine à dénuder une créature éblouissante et lascive aux seins avantageux, pétille au long de ses veines le fourmillement doré d'un désir excitant comme du champagne.

Il sera temps bientôt d'appuyer sur la poire électrique : que sous l'abat-jour rose de la lampe se ranime, dans un souffle, la braise lumineuse d'un poème, merveilleux équivalent pour ton esprit d'une aurore en miniature.