S’un casto amor, s’una pietà superna,
s’una fortuna infra dua amanti aquale,
s’una aspra sorte all’un dell’altro cale,
s’un spirto, s’un voler duo cor governa;
s’un anima in duo corpi è fata etterna,
ambo levando al cielo e con pari ale;
s’Amor d’un colpo e d’un dorato strale
le viscer de duo petti arda e discerna;
s’aman l’un l’altro e nessun se medesmo,
d’un gusto e d’un diletto, a tal mercede
c’a un fin voglia l’uno e l’altro porte:
se mile e mile, non sarien centesmo
a tal nodo d’amore, a tanta fede;
a sol l’isdegno il può rompere e sciorre.
Michel-Angelo Buonarroti
Si entre deux amants une même fortune
Partage un chaste amour, une pitié divine ;
Si l’âpre sort de l’un pèse non moins sur l’autre,
Si deux cœurs, un vouloir, un esprit les gouverne ;
Si dans deux corps une âme est rendue éternelle,
Qui les élève vers le ciel d’une même aile ;
Si l’Amour, d’un seul coup, d’une flèche dorée,
De deux cœurs brûle et fouille les viscères ;
Si s’aiment l’un et l’autre (sans soi s’aimer)
D’un seul plaisir et goût, à telle enseigne
Que l’un et l’autre en souhaitent même mort :
Mille choses ainsi ne feraient le centième
Du nœud de notre foi, de notre amour ;
Et seul dédain pourrait le dissoudre et le rompre.
Trad. : Michel Orcel