Aux temps obscurs, les vieux attendaient la mort grignotant de leurs vieux chicots, bouillies et maigre rente sans trimer mais le temps a passé sur bien des trépassés. Ce soir les vieux seront retraités, retraités en bon engrais.
Rampe le noir camard *
Qui mène aux Thébaïdes
Les vieillards impotents
Qui ont bien trop longtemps
Somnolé sans labeur
Valse l’accordéon
Je suis son gai passeur
Offrant la barcarole
Ce soir aux moribonds.
Sur l’onde à la godille
Je signe le chemin.
Le bûcher s’impatiente
Sur la rive les flambeaux
Dessinent le passage
De la vie au trépas
Ainsi courre* la mort.
Les vieux le savent bien
Ne servent plus à rien
Ils s’en vont reposer
Sur le gril de l’Adieu.
Des dentelles de roses
Tombent sur l’horizon
Les mouchoirs s’agitent
Les feuilles d’automne
Tapissent le sol d’or
Des fronts de nos aïeux
De grosses gouttes de suées
Perlent sur l’eau ridée.
Les blanches tavaïolles*
Recueillent les dentiers
Et les corps grésillent
Sous la lune qui brillent
L’encens cache au nez
Des vivants le parfum
Des chers putrides
S’échappent les mofettes
Qui brûlent les yeux
Ils émiettent les restes
D’os en grasses cendres
Et fragiles souvenirs
Des regrettés défunts
Sur l’échine des champs
Qui portera demain
De joyeux chrysanthèmes
Éteints sont les flambeaux
Les fêtes sont finies
Les vivants s’égaillent
Trainant derrière eux
Leur fatigue, leurs soucis
Dansent dans la douceur
Du soir les vieilles âmes
En douces fumerolles
Dans le ciel camaïeux
02 novembre 2060