Des amours de Medjnoûn et Leïlâ...

Par : Jim
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Jim

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L’AUBE


Quand le soleil comme un chien jaune a mis sa longue langue rêche
Sur le front blême et la sueur et le sommeil des fugitifs
Ils ont pu voir que tout ceci n’était pas un songe furtif
Leur maison brûle bel et bien l’arbre est coupé la sève y sèche

La terre ouverte en sa grossesse et même au cimetière l’if
N’est point de la hache épargné ni ne demeurera sans brèche
La grange où le travail passé somnolait comme enfant en crèche
Tout-puissant pourquoi cette plaie et de quoi sommes-nous fautifs

Car l’incendie était de vous dont l’impie alluma la mèche
Votre aiguillon nous a parqués aux pentes du Généralife
Et c’est Votre Ange assis sur nous qui nous laboure de sa griffe
Dans notre misère d’ortie au milieu des jacinthes fraîches

Le peuple est debout sur les murs Le laissez-nous entrer morts ou vifs
Nous avons nourri vos petits par la charrue et par la bêche
Grenade a senti sur ses pieds mourir leurs douleurs qui les lèchent
Mais craint en ouvrant aux noyés la mer avec eux dans l’esquif

La même bouche à l’aube unit le mal au bien dans un seul prêche
Et c’est Dieu qui voulut je ne sais par quel obscur motif
Jusqu’à mourir frapper les innocents les pauvres les chétifs
Qui de nous peut qui peut au poignet le saisir lançant sa flèche.



CHANT DES COMBATS INUTILES


J’ai vu la main qui brandissait le sabre
J’ai vu le cheval tourner sur le pré
Et le fort cri sous lequel il se cabre
Le manteau vole Aux éperons entrés
Le ventre saigne et bondit empourpré

J’ai vu le ciel aux bannières de guerre
Se faire effroi de l’aigle et du ramier
J’ai vu le vent s’enfuir loin de la terre
Le feu se mettre aux cases du damier
Les chiens courir et tomber les premiers

Tranchez les poings des Chrétiens à leurs rênes
Et leur taillez oreilles nez et joues
J’ai vu le sang jaillir de ses fontaines
L’homme plier comme l’herbe à la houe
J’ai vu souffrir sa chair à chaque trou

J’ai vu régner la massue et la lance
J’ai vu la bouche oublier le baiser
J’ai vu le fer égorger le silence
J’ai vu la vie écrasée et brisée
J’ai vu les morts cent fois martyrisés

J’ai vu pour rien faire double massacre
Les ennemis vainement affrontés
S’enfuir traînant leurs entrailles pouacres
Jusqu’à la nuit la victoire hésitée
Et des deux parts la même atrocité

J’ai vu se sauver ce fauve le jour
Dans la colline à la fin du repas
Et sur un lit de monstrueux amours
Lune écartant ténèbre comme draps
Prendre les corps dans l’éclat de ses bras.



CHAOUOUÂL ET DOÛ’L KA’DA


(…)

Ah j’ai perdu mon cœur en toi
Qui n’est nulle part où je passe
De moi partie avec ta proie
Je ne suis plus qu’un homme en croix
Qui de ses bras l’absence embrasse

Tu m’as le cœur mon cœur ôté
J’en sens étrangement la place
J’en sens la plaie à mon côté
C’était pour toi qu’il m’a quitté
Pouvais-je empêcher qu’il le fasse

Ailleurs ailleurs où je ne suis
Mon cœur te suit comme une chasse
Comme le nuage la pluie
Mon cœur me faut mon cœur me fuit
Comme un chant s’éloigne et s’efface

Tu m’as pris le cœur tu l’as pris
Sans lui je ne suis qu’à voix basse
Comme font les portes qui crient
Et sans toi tout m’est volerie
Nuit m’est le jour et feu la glace

(…)



(Extraits du Fou d’Elsa de Louis Aragon)