Que fait-il là ? Qu’a t-il demandé ? Rien, il est là, c’est tout. Il a toujours été là. Toujours il eût de la lumière, dans sa tête. Avant, il n’en sait rien, le noir, l’obscurité, l’absence, sont l’absence de souvenirs. Il ne se souvient pas du noir, c’est l’au-delà de la lumière d’aussi loin qu’il remonte, cette lumière prolongée de celle qu’il rencontre sans savoir comment l’une de l’autre séparer, un élastique qui s’étire, s’étire, sans jamais craquer. Pourtant, il a des bribes de présence dans un fond lumineux d’absence. L’hôpital, il est là, ce présent passé stagne toujours devant ses yeux, il a un an, ne le sait pas encore, compter viendra plus tard, l’élastique de la durée n’est pas encore une chaîne à maillons, dure et cassable, la porte vitrée en face de lui depuis le lit, porte blanche avec un arceau au-dessus, verres tamisés bleutés, ondulés, en face c’est loin, et la porte reste fermée, tout est calme et silencieux, est-ce ainsi qu’on apprend à s’ennuyer, en douceur, sans le savoir ? Il attend, sans savoir qu’il attend, mais il ressent l’attente, quelque chose qui doit venir, qui viendra, mais il ne le sait pas qu’il attend cette chose qu’il attend, il apprend le désir dans le vide de cette attente qui l’emplit. Et il percevra cette attente au moment de sa fin, il n’en percevra que la fin pour sentir qu’il attendait. L’apprentissage du temps se fait au rebours du souvenir simple, simple comme son ressenti qu’il n’y a rien pour remplir cette attente, que si elle n’était pas vide il ne la percevrait pas. Sa présence n’est que le contours du vide. Elle est venue, la présence est là, il en tient dans sa main, la droite, son pouce, il est là, il est là avec elle, son odeur, et des images qui entrent dans son oreille, des images qui ont une odeur, toujours la même quand il tient ce pouce dans sa main, la droite, toujours la droite, et il se sent là, non plus centre seulement depuis cette porte d’en face, il se sent chose fermée quand il touche cette chose qui lui donne sa présence, il surgit de son centre, de son puits, dès qu’il touche cet autre, au contact, cette présence qui l’émerge à la sienne. Cette présence qui l’efface quand elle le quitte, que le pouce et la main se séparent. Et l’absence revient comme résonne l’écho de la présence qui fuit, un écho qui le remplit puis s’amenuise pour ne laisser que la trace d’une présence qui s’éteint, jusqu’à ce que le vide ne soit plus que le résidu de cette trace, qu’il sache qu’une chose a eu lieu sans savoir laquelle, mais que c’est elle qu’il commence à attendre, sans le savoir, mais qu’il en sente la résonance qui est le limbe du souvenir, prémisse du savoir. Plus tard, il saura qu’il se souvient qu’il a su par ce qu’il sentait, mais qu’il ne savait pas, il se souviendra qu’il avait su, et dès lors, il saura qu’il a su, et que dès lors il sait, ferme comme la certitude, que là où l’élastique commençait à se tendre, il était là, y était, sans plus voir pour autant ce début de l’élastique, son coude, et qu’alors il attendait cette présence qui l’émergeait et qu’il peut nommer, désormais, qu’il pourra continuer de nommer, désormais, non pas lui, mais le pouce. Car le pouce, tout à son bout, a un nom. Mais ça, il le saura plus tard, jusqu’à ce que le pouce et son nom s’en aillent en oubliant de revenir.