Le Fils et le Chêne
Ils t’ont donné leurs jours pour que naissent les tiens.
Leurs nuits furent semées d’inquiétudes obscures,
Leurs mains, rudes parfois, mais toujours fraternelles,
Ont bâti, pierre à pierre, l’escalier de ton ciel.
Puis vint l’heure où ton front se couronna de gloire.
Ton nom franchit les mers, traversa les mémoires ;
On te montra du doigt comme on montre un sommet,
Et le monde applaudit ce qu’un foyer formait.
Tu devins le meilleur. Les écoles, les maîtres,
Les palais du savoir t’ouvrirent leurs fenêtres.
Mais dans cette ascension où tout semblait béni,
Tu laissas derrière toi ceux qui t’avaient nourri.
Tu rougis de leurs mots, de leur accent, de l’âge,
Comme si leurs cheveux blanchis étaient un outrage.
Tu voulus que ton nom, délivré de leurs mains,
S’écrivît désormais sans mémoire et sans lien.
Ô pauvre vanité ! Misérable victoire !
Peut-on grandir vraiment en reniant l’histoire ?
Le fleuve qui renie sa montagne un matin
N’atteint jamais la mer : il s’égare en chemin.
Le chêne le plus fier que le tonnerre admire
Plonge plus profondément ses racines dans l’argile.
Ce n’est point en rompant le sol qui le soutient
Qu’il défie les hivers et commande aux destins.
Écoute, ô jeune orgueil que la fortune encense :
Le génie sans amour n’est qu’une intelligence.
Les lauriers les plus verts sèchent entre les doigts
Lorsque manque une main pour les offrir aux siens.
Viendra le crépuscule où les foules légères,
Comme l’oiseau d’automne, quitteront ta lumière.
Alors tu chercheras, dans le silence épais,
La voix qui disait : « Viens, mon enfant », autrefois.
Mais la porte sera peut-être demeurée close,
Et le jardin d’hier n’offrira plus de roses.
Tu comprendras trop tard, devant le lit désert,
Qu’un père est un royaume, et qu’une mère est la terre.
Heureux non pas celui que l’univers proclame,
Mais celui qui demeure humble au sommet de l’âme ;
Car le plus grand des hommes, si haut qu’il ait vécu,
N’est qu’un enfant perdu lorsqu’il n’a plus reçu
Le pardon silencieux d’un père qui l’espère,
Le regard sans calcul de celle qui fut mère.
La gloire est une aurore au reflet passager ;
L’amour des vieux parents est un soleil entier.
Poème écrit par
Nihilisteo
Le fils et le chêne
2
Tous droits réservés © Poème posté le 12/07/2026 par Nihilisteo
...
