Au meilleur du soleil d’hiver, un renard, vieux,
S’installait chaque jour en regardant les buses
Tournoyer à l’aplomb d’une proie ; et, confuses,
Les voix du vent chantaient dans les troncs d’arbres creux.
Au calme préservé de cette bulle austère
Pleine de bruits d’oiseaux, la ronce et le mystère,
La solitude rousse, insectes urticants,
La sylve âcre et le croc des brousses d'anciens temps
Croissaient sous les longs doigts de très antiques chênes ;
Et c’était, en petit, toutes natures reines
Qui bénissaient la vie en leurs immenses bras,
Accueillant sans férir les fleurs comme les rats
Dans l'aire immémoriale, échevelée et drue,
Havre où, frissons, joie et douleur, tout s'évertue !
Là, du lierre étouffait quelque tronc maladif ;
Stagnant dans la marnière, une eau comme du suif
Etendait l’orde nappe à sa moire douteuse,
Reflétant les secrets, la nuit, de Bételgeuse !
Des blaireaux, sous la lune, y venaient se saouler,
On ne devinait pas l’empreinte d’un soulier,
La berge n’était plus par les vaches marquée,
Un chevreuil posait là, parfois, sa patte arquée…
- On entendait l’effraie, et la hulotte – kwiit !
Et j’y venais fumer quelques grammes de shit
En songeant que là-bas, dans les clairs Pyrénées,
A ces plis où jadis les Europes sont nées,
Nos ancêtres passaient, de l’Afrique venus,
Eux qui ne rendaient pas de vain culte à Vénus.
Fut-ce humanité sainte, animiste amnistie,
Loin du cannibalisme et de l’eucharistie,
Se gardant du ravage et de la possession ?
Et sans, d’un dur progrès, la plus vague notion,
Avançaient-ils ! Leurs pieds nus pétrissant la terre
Qui ne connaissait pas l’astreinte ni la guerre…
…Et dans cette Touzane où campe un renard vieux,
A la bulle magique où Pan, le dieu fou règne,
Il viendra que ma vie incidemment s’éteigne
Comme le vieux renard, au cœur d’un buisson creux.
