ON NE T'Y REPRENDRA PAS
Une branche a cassé dans le jardin,
une branche a cassé dans ton âme,
tu n'as plus confiance en toi,
tu n'as plus confiance en rien.
Tu répètes qu'on ne t'y reprendra pas,
ah ça non ! Maintenant tu as vécu :
les belles déclarations les voyages
les bonjour mon amour le matin,
tu répètes qu'on ne t'y reprendra pas
les cadeaux les chansons les surnoms
adorables et les doigts emmêlés
en allant chercher le pain, les doigts
emmêlés qu'on refuse de défaire
quand le serveur rend la monnaie.
Une branche a cassé dans le jardin,
l'arbre est fendu dans ton âme,
tu n'as plus confiance en toi,
tu n'as plus confiance en rien.
Tu répètes qu'on ne t'y reprendra pas
ah ça non ! Tu as compris la leçon :
les promesses les lettres les clins d’œil
les arrivées les départs les longs baisers
quand tu descends du train,
tu répètes qu'on ne t'y reprendra pas,
les je t'aime tu me manques reviens vite
sans toi la vie n'est pas la même.
Tu es tombée dans un trou de douceur
et maintenant on te lance sur la tête
des pelletées de terre.
Une branche a cassé dans le jardin,
la forêt est pliée dans ton âme,
tu n'as plus confiance en toi
tu n'as plus confiance en rien.
Privée de tes forces tu es légère et nue :
ce sera difficile et cruel de vivre ainsi,
de sourire dans la rue, d'entendre ce prénom,
c'est peu de chose ces grandes déclarations
qui sont reprises et réattribuées,
c'est peu de chose ces mots si forts
qui t'ont si fortement blessée.
Tu te sentiras égarée, mais regarde,
la route étroite entre les oliviers,
la brebis seule entre deux arbres,
la tourterelle dans son clocher :
ils ont tout perdu sauf leur beauté.
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TENDREMENT
Tu considères que tu as atteint cet âge, ce moment
de ta vie où,
enfin tu es raisonnable. C'est vrai, tu te le dis souvent,
le soir, en décapsulant une bière,
en éteignant la lumière
sur la table de chevet,
en vérifiant que les portes sont bien fermées,
tu te le dis que tu n'es plus la même personne.
Tu as changé. Maintenant tu es certain que tu es plus fiable,
constant, d'une nature stable, tu connais tes défauts,
tu sais exactement que tu ne veux pas – comment
dis-tu déjà ? - t'emmerder avec les problèmes
des autres,
que tu es – comment dis-tu déjà ? - bien tranquille
chez toi
et que la télévision, le journal, et les amis le dimanche
au bord d'un lac, autour d'une table de restaurant,
ça te convient,
c'est presque suffisant.
Tu considères que tu as atteint cet âge, ce moment
de ta vie
où enfin, tu es en sécurité. La maison est payée,
les enfants sont grands. Ta femme te laisse un espace
dans le garage, une pièce de la maison pour que
tu puisses entreposer des choses de l'enfance,
de l'adolescence, des objets d'un temps où tu avais,
en toi,
une tumeur énorme qu'on appelle
« passion ». Tu as une partie du garage,
un tout petit bureau,
une vitrine dans l'entrée qui témoigne de cette période,
un mausolée pour te souvenir que tu fus animé
par d'autre feux que celui de la résignation.
Je t'ai vu mille fois.
Je t'ai entendu renifler derrière la cloison.
Je t'ai entendu composer le numéro de quelqu'un
que tu as aimé et dont tu aimerais entendre la voix
mais tu n'as pas appuyé sur la touche téléphone vert
pour lancer l'appel.
Je t'ai vu dans la rue devant la boulangerie.
Tu souris timidement quand on te rend la monnaie.
Je t'ai vu tous les samedis soirs sur la place du village,
dans les fêtes de voisinage, sur les parkings
des supermarchés.
Je t'ai vu baisser la tête devant un couple d'adolescents
qui s'embrassaient.
Je t'ai vu lever les yeux aux ciel
quand le film était coupé en plein milieu
par le publicités.
Je t'ai entendu dire qu'aujourd'hui « ça va ».
Tu n'es pas heureux, mais ça va. C'est ta phrase
préférée.
Je sais que cela fait mal de n'être qu'une ombre
parmi les ombres, qu'un chiffre dans un nombre,
je sais que cela fait mal, atrocement mal,
de se répéter chaque matin
que tu n'as plus l'âge de ces choses-là,
qu'aujourd'hui les choses vont comme elles vont
et après tout tu as de la chance d'en être arrivé là.
Je sais que cela fait mal d'avoir des rêves coincés en soi
comme des cales dans une porte.
Je sais que cela fait mal de penser qu'on ne sera plus
jamais amoureux comme avant, parce que tu as pris
du ventre et des idées noires, et tu as peur
de ne pas t'en sortir, au lit, et ailleurs.
Je sais que cela fait mal mais crois-moi,
tu y arriveras de nouveau, à vivre tendrement.
(Cécile COULON – Noir volcan)
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Ce message a été édité - le 21-04-2023 à 06:28 par Jim