… CHAMBRES
Un bras autour de toi
Le second sur mes yeux
L'un t'empêche de fuir
L'autre maintient mes songes
Ce lieu fermé de nous
Soudain si je m'éveille
Du sommeil des voleurs
La nuit noire m'y noie
Tout n'est plus que mémoire
A ce moment d'oubli
Dans la forêt du lit
Tout n'est plus que murmure
Et notre tragédie
Au long jeu de dormir
A demi-mots amers
L'obscurité la dit
Absente mon absente
Si faussement que j'ai
Dans mes bras étrangers
Comme une image peinte
Absente mon absente
Si faussement plongée
En mes bras étrangers
Comme une image feinte
J'ai des yeux pour pleurer
Quelle que soit la chambre
Les plafonds s'y ressemblent
Pour être malheureux
Ailleurs sans doute ailleurs
Aussi bien qu'où je suis
Oreille à tous les bruits
Qui braillent le malheur
Au grand vent dans un port
Comme un amant quitté
Au bout de la jetée
Espère et désespère
Et les barques à sec
La grève à marée basse
Et là-bas de mer lasse
Échoués les varechs
Si je pouvais savoir
Qui te tient contre lui
Ô mon enfant enfuie
où se passent tes rêves
Serait-ce qu'il te plaît
Parce qu'il fait usage
D'un aveugle langage
Que l'aigle seul emploie
Serait-ce qu'il te mène
Où la folie est roi
Et qu'il ouvre pour toi
Les portes inhumaines
Ou d'un plaisir sans fin
Le pouvoir sacrilège
Qu'a-t-il donc et que n'ai-je
La force qu'a le vin
Reviens de nulle part
N'importe où je t'attends
(Louis Aragon)
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Ce message a été édité - le 01-04-2023 à 20:55 par Jim