Ninon Jacquet, France, le 31 octobre 2002
A l'approche du soir...
A l'approche du soir, je désertais la plage,
Triste, découragée de la journée passée
Dans l'ennui, le silence et trop souvent lassée
De tout comme on peut l'être, parfois, à cet âge.
Je contemplais longtemps, aux balcons, les visages
Des enfants sans soucis qui me voyaient passer.
J'aurais aimé, comme eux, lire et me prélasser
En regardant rosir, dans la mer, les nuages.
Le marais était rouge où mourait le soleil,
A l'horizon tremblait une ligne vermeille.
Je revois les mulons qui sentaient la violette.
Ce soir, en regardant l'eau mourir sur la grève,
J'ai mal au souvenir des longues soirées muettes
Où je n'avais pour vivre que livres et rêves.
*
Je ne veux voir personne...
Je me suis éveillée, ce matin, très amère,
Révoltée, fatiguée de tout, du genre humain,
Je ne veux voir personne aujourd'hui ni demain,
J'irai dans les rochers, en bas, face à la mer.
Je veux me retrouver, seule dans l'outremer,
Et le soleil qui blesse, et l'odeur du jasmin
Dont le vent, en bouffées, parfume les chemins,
Et jouir, s'il est possible encor, de l'éphémère.
Lasse, l'âme écorchée, les mains, les pieds meurtris,
Je m'accorde, épuisée, enfin, une férie,
Et mon regard se noie, bleu, dans la baie des Anges...
...C'est Naples que je vois, le petit bateau jaune,
Mon pauvre enfant perdu que la vie découronne,
Et les rues de Sorrente où roulent des oranges.