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Auteurs Messages

Clementcheylan
Membre
Messages : 30


Posté à 14h20 le 14 Dec 20

Présentation :

Le confinement nous fait prendre conscience que notre ressenti du temps chronologique dépend de l’état d’esprit dans lequel nous sommes et de la mobilité ou de la fixité que nous infligeons à notre corps.

Texte :

À l’heure où j’écris ces lignes nous sommes en plein confinement, j’espère qu’au moment où vous les lirez, nous n’y serons plus.
Certains, ou plutôt beaucoup d’entre nous devrais-je dire, pour diverses raisons, supportent assez mal l’obligation de rester chez soi. Ces raisons sont bien souvent personnelles et il n’appartient à personne de juger du bien-fondé de celles-ci.
Cependant, il y en a une que j’aimerais vous proposer.
Il s’agit de l’expérience du temps chronologique en période de confinement.
Ce temps que nous vivons confinés nous semble suspendu ! Comme figé, n’offrant plus de perspective d’avenir, ni de possibilité d’élaborer un passé auquel l’on peut se référer.
En effet, le dimanche confiné que je vis n’a rien qui le différencie du samedi, du vendredi etc... passés. De même, demain et après-demain, c’est-à-dire lundi et mardi n’auront aucune chance de s’en distinguer. Pourquoi ressentons nous cela ? Sans doute parce que notre vie confinée n’offre aucun évènement. Tout est lisse, sans surprises, répétitif à souhait.
Or le temps chronologique génère l’évènement. La matière bouge et se transforme, les lignes causales naissent, les interactions, les interdépendances, l’impermanence, et voilà ce que nous appelons le destin.
En confinement il n’y a plus d’évènements notables, et c’est ce qui nous donne cette sensation de temps suspendu.
Il nous semble vivre la répétition d’un même moment. Cela est très mal vécu pour celui qui a pour habitude d’être en quasi permanence dans l’action, et non dans la contemplation.
Nous sommes habitués à considérer le temps en trois parties, le passé, le présent, et l’avenir. Le passé pour simplifier c’est de la mémoire. L’avenir, c’est une projection. La vie en confinement rase le passé et l’avenir, ne laissant qu’un présent immuable, indéfectible, éternel.
Je voudrais noter là, à ce stade de notre réflexion, qu’en vérité le présent est éternel. Mais une chose est de le savoir, une autre est d’être confronté à cette réalité !
Sans doute, le philosophe sait cet état de fait, et les artistes en général, et en particulier les musiciens jonglent avec cela.
Il faut bien admettre que le confinement nous force à être à chaque instant au moment présent, figé, c’est à dire sans espoir de sortie.
Nous ne sommes pas faits pour vivre sans lendemain, même si demain n’existera jamais puisque nous sommes toujours et à jamais aujourd’hui.

Voilà.


Loren
Membre
Messages : 45


Posté à 16h43 le 20 Dec 20

Bonjour clementcheylan
C'est toujours un plaisir de te lire. J'aime beaucoup ces mots "Nous sommes toujours et à jamais aujourd'hui" qui synthétise ta pensée. Il est donc particulièrement difficile de vivre le présent dans ce présent en l'occurrence. Le passé et le lendemain ne sont-ils pas des fuites du présent?
Au plaisir de te lire.


Pierre
Modérateur
Messages : 6522


Posté à 08h21 le 21 Dec 20

"...En confinement il n’y a plus d’évènements notables..."

C'est considéré qu'un évènement non "notable" ne présente pas d'intérêt suffisant pour être considéré comme particulier...
Je vois là une des absurdités de notre temps: courir après l'inattendu, alors que pour qu'il existe vraiment cet inattendu il suffit de ne pas l'attendre.

A vouloir enchaîner des moments exceptionnels on oublie que la continuité des choses est en elle même exceptionnelle, que la vie n'est faite que de cette continuité et que ce que nous appelons rupture n'est pas autre chose qu'un élément de cette continuité.

La vie en toutes choses, les choses en toutes vies.

Nous nous ennuyons à la regarder et nous avons peur de la perdre.
C'est sans doute parce que nous ne voulons pas la voir et pensons la dominer...


Ann
Modérateur
Messages : 3231


Posté à 10h31 le 21 Dec 20

Je rejoins Pierre dans son préambule. Qu'il s'agisse du 1er et du second confinement, j'ai tenu un journal de bord dont pour le premier j'ai tiré un livre témoignage. Chaque jour, j'avais quelques choses d'"essentiel" à noter. Un évènement ou simplement la description d'une ambiance, d'un état d'âme. Jouer un morceau de musique, lire une coquinerie d'un ami ou converser avec un canard qui loge sur la rivière au pied de mon balcon est un moment exceptionnel.
L'année 2020, je ne l'ai pas vu passé, trop occupée à la fois dans ma vie personnelle mais surtout pas ponctuée par des DATES sur mon agenda. C'est reposant comme si je n'avais pas pris la ride d'une année. Du calme, du calme...

Je me contente ici de parler de nos statuts de confinés sans aucune référence aux raisons pour lesquelles nous sommes restreints dans nos déplacements, c'est un autre débat.


Clementcheylan
Membre
Messages : 30


Posté à 13h58 le 21 Dec 20

A vous trois,
effectivement, se réfugier dans un passé ou dans un avenir, l'un par la mémoire, l'autre par l'imagination en ne tenant compte aucunement du présent, est une véritable fuite.
merci, Loren et à bientôt!
Quant à Pierre et Ann, je suis pleinement d'accord avec vous. Mon texte rend compte de ce que la majorité des gens ressent, et effectivement, pour qui a le goût de voir la beauté dans les choses simples, confinement ou non, chaque jour nous délivre sa part d'inattendu. C'est ce que je voulais dire en parlant des artistes, des musiciens et des philosophes, les belles âmes ont toutes en elles une part de ceci.
Amicalement et à bientôt.


Machajol
Membre
Messages : 3774


Posté à 14h25 le 21 Dec 20

Le confinement relativise la notion du temps.

Prendre le temps, d'observer les monuments au centre ville, apprécier le silence environnant, être surpris même de trouver un goéland happer son repas sur une place désertée, habituellement engorgée de voitures !

Sur une autre place, entendre le chant de la fontaine, voir jouer les enfants libres, et un chat souple élastique sauter en l'air!
Discuter avec ses propriétaires qui le cherchaient, échappé d'une boutique!

Quand une ville redevient un village !

Merci pour cette réflexion,
Clementcheylan


Clementcheylan
Membre
Messages : 30


Posté à 15h29 le 26 Dec 20

Machajol,
merci surtout à toi de m'avoir lu ! A bientôt !


Jim
Membre
Messages : 1750


Posté à 21h08 le 13 Jan 21

En temps qu'ours, je me contente d'hiberner un peu plus longtemps. Conséquence: les abeilles travaillent plus longtemps et, par suite, je dispose de plus de miel.


Clementcheylan
Membre
Messages : 30


Posté à 13h26 le 15 Jan 21

Un ours qui profite du travail des abeilles, on peut dire qu'il a du pot ( de miel, évidemment!)


Oxalys
Modérateur
Messages : 2522


Posté à 10h56 le 21 Jan 21

Il nous faut apprendre non seulement à vivre confiné, mais aussi et surtout à vivre sans notion de temps. Là est la difficulté car nous savons pertinemment que même s’il semble suspendu, notre horloge vitale continue de battre le temps à la cadence de notre cœur qui s’arrêtera forcément un jour. Nous ne sommes qu’un minuscule vecteur sur une ligne infinie, question élémentaire de géométrie, douloureuse à admettre en philosophie.


Clementcheylan
Membre
Messages : 30


Posté à 15h05 le 21 Jan 21

Oxalys,
Epictète nous dit qu' il y a ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous, ce qui ne dépend pas de nous est à accueillir, pour pouvoir faire avec ou pouvoir éventuellement lutter contre, accepter ne veut pas dire se résigner mais les choses sont telles qu'elles sont.
La philosophie est un très bon anti-douleur.
A bientôt


Arcane
Membre
Messages : 1088


Posté à 10h24 le 22 Jan 21

[g] Ô temps suspend ton vol ...
Sans appel au secours,
Virus 19 ou bien variole
Je préfère parler d'amour Coucou


Merci Clément pour cette conversation
Philosophiquement acceptable,
Je traduis selon ma souriante raison,
Allez copains ! mettons nous à table ![/g]

Mdr Coucou


Oxalys
Modérateur
Messages : 2522


Posté à 10h41 le 22 Jan 21

Tu as raison Clément : la philosophie est un très bon anti-douleur. Je me suis mal exprimée dans mon commentaire.
Au lieu de "douloureuse à admettre en philosophie"
je pensais : "douloureuse à admettre malgré la raison insufflée par la philosophie" ou quelque chose dans ce genre... dur dur de faire coïncider pensée et langage.... encore un sujet à développer un de ces jours !


Jim
Membre
Messages : 1750


Posté à 23h29 le 22 Jan 21

Entre le suicide et le délire mégalo, le rire reste la meilleure thérapie philosophique. Mdr


Clementcheylan
Membre
Messages : 30


Posté à 14h46 le 25 Jan 21

Oxalys,
bien d'accord avec toi!

Arcane et Jim
rire à s'en démonter les globules,
à s'en faire péter les clavicules
à s'en renfrogner les ventricules
à s'en déboucher le trou des chaussettes!

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