Origines
C'était l'été... Dalila devant sa coiffeuse
Peignait ses lourds cheveux. L'ivoire luisait
La masse fauve que l'air sec électrisait
Tombait sur son épaule en draperie soyeuse...
D'un flacon de cristal, l'habile ensorceleuse
Répandit sur ses seins ce parfum qui grisait...
Au contact de la peau se volatilisait
L'odeur lourde des lis et de la tubéreuse...
Et son amant rentra. De la sentir si belle
Il bondit, fou d'amour, et se rua sur elle
Cédant à son désir, Dalila se donnait...
Or il vint que neuf mois après cette aventure
- Ce délai semble nécessaire à la nature -
Naquit, en ce temps là, le premier sansonnet...
L'Antéchrist
On me dit : « cet oiseau, vous l'attaquez sans trêve
Vous le peignez sous un jour dénué d'attrait
Que feriez-vous donc si l' « affreux sansonnet »
N'existait pas ? » Et je réponds : « C'est un beau rêve. »
On me dit : « Cet oiseau, vous souhaiteriez qu'il crève
Que feriez-vous donc si le pauvre en crevait ?
Le remord nuit et jour qui vous tourmenterait
Ne gâcherait-il point une vie déjà brève ? »
Et je réponds : « Ciel ! Je voudrais le voir pendu !
Il est l’œuf répugnant que mon crâne a pondu ;
Il sue la haine jaune, et sa forme maudite
Au jour du Dernier Jour restera sans changer
Car Dieu dont l'âme pure (1) est parfois interdite
Voyant le sansonnet, n'osera le juger. »
(1) –
Dieu, c'est moi (voir plus loin l’Évangile selon cinq sonnets).
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Boris Vian / Cent sonnets -
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Ce message a été édité - le 21-04-2023 à 06:31 par Jim