De la "Musique"

Par : Salus
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Salus

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A propos de la "musique" poétique...
(audible avec les yeux)

La musique, en poésie, Jules Laforgue en parle très bien dans sa fabuleuse "complainte des complaintes" (je vous marque la diérèse) :

(...)
Puis, Gens à qui les fugues vraies
Que crie, au fond, ma riche voix
— N’est-ce pas, qu’on les sent parfois ? —
Attoucheraient sous leurs ivraies
Les vi-olettes d’une Foi,
Vous passerez, imperméables
À mes complaintes incurables ?
Pourquoi ? pourquoi ?
(...)


Dans le langage parlé comme dans la prose, la musique est intrinsèque, mais elle est diluée, générale comme une toile de fond, et sa réception est presque entièrement assujettie au sens ; or le langage parlé ou écrit est porteur de quelque chose qui est un mélange de son et de sens qui constitue un réservoir de références, sensiblement différentes pour chacun de nous, qui s'activeront pour peu que le mélange soit savamment dosé, que l'équilibre atteigne à un certain niveau de stabilité ; pour exemple, la poésie, dont la définition est problématique, se retrouve indubitablement dans la prose de Colette comme dans celle de Marcel Aymé (Delphine & Marinette !), ces deux styles, fort différents laissent éclater les images et font montre d'une sensualité délicieuse ; le mélange est parfait, rien ne nous extrait du monde merveilleusement enfantin de l'un, servi par une apparence de simplicité et cette impression joyeuse d'entendre une comptine, chantée par de petites voix malicieuses et pointues, avec un fond sonore plus "musique classique", quelque chose de savant, de posé, qui vient assoner et représente, en quelque sorte, l'immense subtilité émise par l'auteur.

Colette ? c'est symphonique ! - et je ne m'étendrai pas, mais, si la poésie de ces deux-là ne doit rien à la versification, leur musique - savante - vient pourtant du même creuset culturel, avec les mêmes signifiés ; les signifiants restant - heureusement - à la charge de l'auditeur.
La versification, qui doit servir une langue censée transcender la seule signification des mots, est un instrument virtuel de la musique du sens, qui circonscrit avec précision les règles permettant de jouer des partitions "classiques" ; cependant, comme avec tout instrument, une bonne maîtrise permet de jouer absolument n'importe quoi.
Et moi, j'aime le jazz...