Coupes et rythme

Par : Jim
Il faut être inscrit et connecté pour répondre à un topic.
Avatar

Jim

Posts: 5099

Membre

On voit, en chacun de ces exemples, que les « e » dits muets sont rejetés hors segments, ne se prononçant pas.

Ambulator rex de Jim

Accents toniques en fin de segments notés […]

[Nous som][mes ces marcheurs][qui sorti][rent d'Afriqu]e
[Alors][un grand fossé][coupa][la Terre en deux]
[à l'Est][on s'en alla][longeant][fleuves et criqu]es
[à l'Ouest][on oubli/a][de découvrir][le feu]

[Nos ancê][tres lointains][sont devenus][nos dieux]
[Toujours][en mouvement][ils étai][ent magnifiqu]es
[Malgré la peur][ils explorè][rent tous les lieux]
[Nous laissa][leur mémoi][re autant][de dits magiqu]es

[Avant][de les écri][re existaient][ces légend]es
[comme autant][de récits][colportés][par la voix]
[mélangeant][chants d'amour][et senten][ces de lois]
[D'être un sim][ple animal][très tôt][ils s'en défend]ent

[L'épu][re de ces con][tes contient][notre essenc]e
[Nous marchons][chaque jour][vers la neu][ve naissanc]e.

Naissance de Vénus de Paul Valéry

[De sa profon][de mè][re, encor froi][de et fumant]e,
[Voici][qu'au seuil battu][des tempê][tes, la chair]
[Amèrement][vomi]e[au soleil][par la mer],
[Se déli][vre des di][amants][de la tourment]e.

[Son souri][re se form][e et suit][sur ses bras blancs]
[Qu'éplo][re l'ori/ent][d'une épau][le meurtri]e,
[De l'humi][de Thétis][la pu][re pierreri]e,
[Et sa tres][se se fray][e un frisson][sur ses flancs].

[Le frais gravier][, qu'arro][se et fuit][sa course agil]e,
[Croul][e, creuse rumeur][de soif][, et le facil]e
[Sable a bu][les baisers][de ses bonds][pu/érils];

[Mais de mil][le regards][ou perfi][des ou vag]ues,
[Son œil][mobi][le mê][le aux éclairs][de périls]
[L'eau ri/an][te, et la dan][se infidè][le des vag]ues.

On voit, au vers 4, comment Valéry use de la diérèse pour placer une césure, ce qui n'est pas très classique. Conséquence, on peut voir ce vers comme un octosyllabe suivi d'un quadrisyllabe.
Remarquables allitérations sur le vers 9.

XLII de Charles Baudelaire

[Que diras-tu][ce soir][, pauvre â][me solitair]e,
[Que diras-tu][, mon cœur][, cœur autrefois][flétri],
[À la très bel][le, à la très bon][ne, à la très chèr]e,
[Dont le regard][divin][t’a soudain][refleuri] ?

[– Nous mettrons][notre orgueil][à chanter][ses lou/ang]es :
[Rien ne vaut][la douceur][de son][autorité] ;
[Sa chair][spirituel][le a le parfum][des Ang]es,
[Et son œil][nous revêt][d’un habit][de clarté].

[Que ce soit][dans la nuit][et dans][la solitud]e,
[Que ce soit][dans la rue][et dans][la multitud]e,
[Son fantô][me dans l’air][danse com][me un flambeau].

[Parfois][il parle et dit][ : « Je suis bel][le, et j’ordonn]e
[Que pour l’amour][de moi][vous n’aimiez][que le Beau] ;
[Je suis l’An][ge gardien][, la Mu][se et la Madon]e. »

Rythme :

4/3 2/3 2/3 4/3
4/3 2/3 4/3 2/3
4/4 4/4 4/4 → alexandrin romantique
4/3 2/3 3/3 3/3

3/3 3/3 3/3 3/3
3/3 3/3 2/3 4/3
2/3 4/3 4/3 2/3
3/3 3/3 3/3 3/3

3/3 3/3 2/3 4/3
3/3 3/3 2/3 4/3
3/3 3/3 3/3 3/3

2/3 4/3 3/3 3/3
4/3 2/3 3/3 3/3
3/3 3/3 2/3 4/3

La beauté de Charles Baudelaire

[Je suis bel][le, ô mortel] ![ comme un rê][ve de pier]re,
[Et mon sein], [où chacun][s’est meurtri][tour à tour],
[Est fait][pour inspirer][au poè][te un amour]
[Eternel][et mu/et][ainsi][que la matiè]re.

[Je trô][ne dans l’azur][comme un sphinx][incompris] ;
[J’unis][un cœur de nei][ge à la blancheur][des cy]gnes ;
[Je hais][le mouvement][qui dépla][ce les li]gnes,
[Et jamais][je ne pleu][re et jamais][je ne ris].

[Les poè][tes, devant][mes gran][des attitu]des,
[Que j’ai l’air][d’emprunter][aux plus fiers][monuments],
[Consumeront][leurs jours] [en d’austè][res étu]des ;

[Car j’ai][pour fasciner][ces doci][les amants,]
[De purs miroirs][qui font][toutes cho][ses plus bel]les :
[Mes yeux][, mes larges yeux][aux clartés][éternel]les !

Recueillement de Charles Baudelaire

[Sois sa][ge, ô ma Douleur,][et tiens-toi][plus tranquil]le.
[Tu réclamais][le Soir][; il descend][; le voici :]
[Une atmosphè][re obscu][re envelop][pe la vil]le,
[Aux uns][portant la paix][, aux au][tres le souci].

[Pendant][que des mortels][la multitu][de vi]le,
[Sous le fouet][du Plaisir][, ce bourreau][sans merci,]
[Va cueillir][des remords][dans la fê][te servi]le,
[Ma Douleur,][donne-moi][la main ;][viens par ici,]

[Loin d’eux.Vois][se pencher][les défun][tes Anné]es,
[Sur les balcons][du ciel,][en ro][bes suranné]es ;
[Surgir][du fond des eaux][le Regret][souri/ant] ;

[Le Soleil ][moribond][s’endormir][sous une ar]che,
[Et][, comme un long][linceul][traînant][à l’Ori/ent,]
[Entends][, ma chè][re, entends][la douce Nuit][qui mar]che.



Ce message a été édité - le 26-04-2024 à 06:04 par Jim
Avatar

Salus

Posts: 8456

Membre


"On voit, en chacun de ces exemples, que les « e » dits muets sont rejetés hors segments, ne se prononçant pas."

Ami Jim, je trouve ton explication difficile ; si je ne maîtrisais pas le vers régulier, je ne crois pas que j'y aurais compris grand chose...

Regarde : "La terre en deux", par exemple, le "e" de terre devrait se trouver hors segment, de par l'élision.



Ce message a été édité - le 24-04-2024 à 17:39 par Salus
Avatar

Jim

Posts: 5099

Membre

Non, car c'est un segment de taille 4, et la symétrie avec le premier hémistiche serait perdue. Il faut identifier les segments, tous ceux de taille paire n'étant pas à couper en deux. C'est vraiment une question de souffle pour repérer les accents toniques qui ne sont pas tous de même poids. Bien sûr, parfois, ce découpage fin est à retenir, car toute la magie repose sur ce découpage, typiquement dans le vers fameux:
"Entends, ma chère, entends, la douce nuit qui marche."
Ici, le qui vive de l'attente, de l'écoute du pas de la nuit est traduit par la succession des segments de taille 2, chacun s'interrompant sur un accent tonique supportant une pause:

"[Entends,] [ma chè][re, entends], [la dou] [ce nuit][qui mar]che."




Ce message a été édité - le 26-04-2024 à 06:24 par Jim