Poussière de toi, mon corps,
je le promets,
nous partirons à Saint-Malo
et dans le bleu des matins grêles,
nous reverrons à Paramé
les filles fières de nos vingt ans
courir aux lèvres des marées.
Comme corsaires en ripaille,
moi, dans la tête ma jouvence,
toi, à la traîne trébuchant,
nous chanterons sur le rempart,
nous gueulerons dans la tempête,
crapahutant malgré le froid,
même à genoux, même en pleurant.
De la Cézambre au Grand Bé,
dans la rumeur des oiseaux fous,
nous entendrons Chateaubriand,
regard tourné vers la Louisiane,
gémir encore pour Atala,
quand montent d’ouest les orages
et les senteurs du monde sauvage.
Ah, mon corps, vieux compagnon,
bon chien de tant d’années,
qu’avons-nous fait de nos élans,
qu’avons-nous fait de tes envies,
et de la chaleur de ces gorges
qui nous donnaient tant à aimer
dans le torrent des nuits enfuies ?
Je te le dis en confidence,
comme la digue sur la mer,
comme rempart au vent du large,
aimer fut tout ce qu’au néant
nous dérobâmes en complices.
Poussière de toi, je le promets,
nous partirons à Saint-Malo.
Ce message a été édité - le 29-09-2024 à 09:49 par Hellian