Il me parle souvent de cette île lointaine,
Dans le café du port, cet ancien capitaine,
Grand buveur d'horizon, revenu de partout,
Que les gens du rivage appellent pauvre fou.
Il raconte une terre abolie de tout maître
Où le temps de lui-même aurait renoncé d'être.
Ses yeux jadis crevés d'échardes de soleil
Ont gardé le reflet de ce lieu sans pareil.
Mais foin du capitaine et de l'île lointaine,
Des légendes cuivrées, caravelle incertaine !
La vie est ici-bas, dans ce torrent mauvais.
J'ignore d'où je viens mais je sais où je vais.
Mon île la voici, j'en perçois les odeurs.
C'est une triste plage où le sable est de peur,
Une terre sans gloire où le temps rétrécit.
Le corps est mon vaisseau, la mort est son récit.