L'expédition

Par : Lau
Il faut être inscrit et connecté pour répondre à un topic.
Avatar

Lau

Posts: 2963

Membre



Sus aux drakkars, aux galions !
La brouette est ma caravelle ;
Le glaive au clair, par millions
J’estoque, corsaire anophèle,
L’intruse gerbe et la javelle ;
Et le parfum du mimosa
Glisse un courage en ma cervelle,
Qu’aucune autre poudre n’osa.

Ma Grand-mère et moi dévalions
-Le pneu chuintant sur la gravelle
Vers le lavoir où nous allions,
Doux souvenir qui se révèle,
Elle, si calme et moi, civelle-,
La sente où le geai s’amusa
A titiller du bec l’avelle
Du ru qu’aucun âge n’usa.
Avatar

Pierre Lamy

Posts: 3772

Membre

Elle, si calme et moi, civelle-,
😊
Tu donnes un fieffé coup de jeune aux souvenirs d'enfance
😊
Avatar

Salus

Posts: 8456

Membre


Un petit coté "Cervantes" enfantin très joli ; et la seconde partie est
une merveille !



Ce message a été édité - le 15-05-2025 à 10:35 par Salus
Avatar

Mimmo

Posts: 142

Membre

Tres mignon cet enfant sur sa brouette/caravelle..
Touchante grand mere, merveilleux souvenirs
E5 merci pour la rime mimosa/n'osa..
Avatar

Lau

Posts: 2963

Membre



Merci à vous...

Est-ce que c'est du radotage quand on est conscient de radoter ?

Vallonnées

Quel autre premier vers qu’évoquer la rondeur
Du rire et du baragouinage
Des dames du lavoir qui prenaient mon faible âge
Pour l’innocence et la candeur ?

Affairé, je ferrais quelque invisible truite,
Armé d’un bout de noisetier,
Un œil sis au scion, l’autre en plein le bustier
De la plus aguichante fuite ;

Quand d‘une peau lactée au rose d’un téton,
La volupté se dévoilait,
J’en oubliais la pêche et louais ce bouton
Qui se dérobait, m’affolait.

Fiévreux, je chancelais auprès des sauterelles
De la prairie et m’isolais,
Le temps que mon esprit peigne des aquarelles,
Et de ces souvenirs, j’osais,

Secrets de ma mémoire, approcher la couleur,
Quand, seul, sur mes nuits de Bretagne,
Mieux qu’en vrai, je touchais la grâce et la pâleur
De mille seins dans la campagne.
Avatar

Salus

Posts: 8456

Membre


Très fort aussi ; rien n'y heurte et on est emporté...
(il me semble le connaître)
Avatar

Jim

Posts: 5099

Membre

Très forte, très belle, subtile, fine et élégante, cette traduction du trouble par un pas de côté:
"Fiévreux, je chancelais auprès des sauterelles
De la prairie et m’isolais,
Le temps que mon esprit peigne des aquarelles,"

Voici deux expressions qui devraient entrer dans le dico des idiotismes. 😊
Avatar

Lau

Posts: 2963

Membre



Merci de votre enthousiasme ; un dernier (pardon pour la redite à ceux qui le connaissent déjà).

La Lune comme un coquillage

Me revoilà sur la brouette,
C’est de mes rêves le transport
Le plus simple, le plus chouette
Surtout qu’il se rit de la mort
De mon aïeule -triste sort-
Qui me cornaquait du village
Au lavoir où parfois s’endort
La Lune comme un coquillage.

Que d’émois sur cette navette :
Tantôt corsaire ou chef de bord
Ou brigand dans une estafette,
Chef de traineau dans le Grand Nord,
Marin qui s’en revient au port,
Aligne, exotique étalage,
De son périple –import-export-
La Lune comme un coquillage.

Glaive au clair ou la baïonnette,
Seul, sans armée et sans renfort,
La voisine, la Blondinette
S’imagine que je suis fort,
Que j’affronte Diable et consort,
Mais sur le chemin de halage
J’espère, quand le soleil dort,
La Lune comme un coquillage.



Mamie, ose un signe à tribord
Est-ce Toi, là, dans le feuillage ?
Mamie, ose un signe à bâbord,
Es-tu sur la Lune, en voyage ?



Ce message a été édité - le 16-05-2025 à 08:39 par Lau
Avatar

Salus

Posts: 8456

Membre


Cui-là, je n'en ai pas souvenir, de toutes façons, la bonne poésie se peut relire à l'infini...

Mais tes souvenirs d'enfance
Sont presque pareils en face :
Ils nous viennent tous d'en France
Et d'un temps où tout est farce !




Ce message a été édité - le 16-05-2025 à 18:52 par Salus
Avatar

Mimmo

Posts: 142

Membre

Après Tonton, c'est toi qui m'arrache une larme..
😊
Avatar

Lau

Posts: 2963

Membre



Salus,

Ainsi, me rappelle l’ivresse
Quand , sous l’inattendue averse,
L’on intimait que je me presse,
Or, j’aime l’eau qui me transperce.


Mimmo,

Mes textes sont sponsorisés par Kleenex...
Avatar

Arielle

Posts: 1040

Membre

Cette expédition en pays d'enfance est d'une vérité touchante qui met le rêve à la portée de plus d'une mémoire fragile.
😊 😊 😊
Avatar

Lau

Posts: 2963

Membre



Merci Arielle ; allez, cochon qui s'en dédie, j'en remets un autre, j'aime ça, les lavoirs (c'est presque du fétichisme) :

Maudit lavoir

C’est un lavoir où dans la nuit l’eau sous la Lune
Est océan, banquise, étang, Niagara,
Selon l’œil amusé que la pensée allume.

S’y réfléchit –inconcevable !- un Sahara
Est-ce un nuage, est-ce du sable, est-ce une dune ?
La surface se mue en ocre alcantara ;

Le visiteur, en ce mirage, a l’infortune,
-Empressé, désireux d’y promener le doigt-,
De toucher l’élément dont le maître est Neptune.

Il faut un temps avant que le céleste toit
Ne se calme à nouveau puis l’image s’aligne
Au regard sec, idoine à ce que raison doit.

Ainsi ne rien tenter ; tantôt, voilà la vigne
Et son grain mûr, est-ce une bulle, or aucun pas
N’aura l’heur, cette fois, de dissiper ce signe.

Dévalant du coteau, se glisse en contrebas
-L’on entend, clair, son rire, on perçoit son haleine-
Une ondine, une muse aux ravissants appas.

Eblouissante aux Chutes de La Madeleine,
Le cœur se serre, au vide se ferment les bras,
La voir est un bonheur aussi fort qu’une peine,

C’est un lavoir et la magie est, tel un raz
De marée, où la frustration nourrit la veine
Aux souvenirs et vogue un cruel embarras.