Cogitations
Soleil doré des si brèves jeunesses,
Plongeant toujours plus bas vers l'horizon,
Je te regarde ainsi qu'en sa prison
Le vieux forçat se grise d'une tresse
Blonde passant, même loin du cachot,
Inconsciente, étrangère à la peine,
Mais ravivant le sang, dans chaque veine
De ce cœur gourd soudain devenu chaud...
Affreux destin, hors des terres promises,
Vampire avide à boire tout le suc
De l'existence, aux soifs d'un temps caduc,
Horrible Parque ! O toi qui t'éternises
Dans l'habitude énorme de la mort,
Où le futur, dont le passé sommeille,
N'est qu'une boucle immanente et vermeille,
Conclue au sang d'où le vain flux s'endort...
Combien ce Dieu, terne et vague trouée,
Est haïssable ! Au ciel trop vaste - et noir.
Palliatif ! hochet du désespoir,
Grinçant d'un râle inepte, alse enrouée
Qui crie et siffle un affreux lendemain
Dont toute absence est l'impasse fatale :
Disparition ! dans la grande Onde étale
Que je devine aux lignes de ma main...
Et ! beau Présent, j'ignore être où tu brûles,
Et mon émoi, comme l'étoile en feu,
Fluctue et change, hydrogène, le jeu
De chaque atome, inscrivant sur ma toile
Un peu d’hélium, et du rayonnement
Dans l'infini mesuré de l'espace
Où, dérisoire oratorien, je passe,
Lâchant mes vers méditativement...