Jusqu'à ces derniers jours, avecque ses soldats,
Ses cowboys, ses indiens, il partait en voyage,
Grimpait la haute tour, vers la dame volage,
Terrassait les dragons pour sauver... Mafalda !
Il rangeait ses autos dans son petit garage
Et, avec ses legos, fabriquait des objets
Qui, tous, ne restaient pas d’inoffensifs jouets ;
Il tuait des méchants dans un élan de rage !
Il lisait des BD, des romans d'aventures,
De pilotes de chasse et de grimpeurs vaillants,
Dans l'espace traquait quelque monstre effrayant ;
Il avait de Fafnir une peau des plus dures.
Puis soudain s'éveillant, il entrouvrit la porte ;
Il entra dans lui-même, il oublia l'exploit.
Quelque chose brillait, sous lequel l'azur ploie !
Il n'allait pas sauver l'ancienne reine morte...
Assis à son bureau, il quittait tous les lieux ;
Plus rien il n'entendait sinon, du grand silence,
La note maintenue, autour de quelle dansent
Ces désaccords du ciel vers le blanc mélodieux.
Le voici devenu caisse de résonance !
Il trouve des accords pliés sous son plexus !
Bientôt, il partira sur le navire Argus
Suivre un sillage long laissé par l'espérance.
Le trophée, la victoire, ô combien ça l'ennuie...
Une fois dans la poche, on ne sait plus qu'en faire
De ces bibelots là ! Il sait bien n'être maire
De ces rayonnements qui transpercent la nuit.
Il laisse aux malheureux tous ces colifichets,
Lesquels ne font que tendre un peu plus cette chaîne
L'empêchant de voler où son esprit le mène ;
Un trésor ne vaut d'or que s'il est bien caché !
Tant qu'il n'est pas trouvé, il court et il s'anime.
Il n'est rien d'assez loin, pas même la Grande Ourse,
Pour que, soudainement, s'arrêterait sa course ;
Il reste cet amant qui trouve Magne à Nîmes.
Sous sa main un petit personnage s'agite
Et, d'être allé là-bas, plus haut que les oiseaux,
Plus loin que n'atteindra jamais le dieu réseau,
A lui l'inconnu vient et dans son œil s'abrite.
Poète et ver luisant, il éclaire la nuit,
Il est le corps de cette lampe à ne frotter
Que trois fois, autrement, rien ne sert de trotter
Quand on ne sait courir qu'après l'ombre et le bruit.
Il ramène les champs, les plaines, les rivières,
Les coins à éviter et les routes à suivre,
Les mines qui ne sont non pas d'or, mais de cuivre,
Et le vaste jardin souhaité dans les prières.
La fortune l'attend où nul pied ne posa
Son empreinte. Il sera, non pas le musicien,
Le chef de cet orchestre où, à partir de rien,
Le désespoir humain cette offrande arrosa.
Depuis ces derniers jours, aux soldats, aux indiens,
Aux cowboys plus ne joue. Il n'est le manie-tout
Et tous ces comédiens, dans ce grand fourre-tout,
Ne sont pas de plastic ou de plomb, bel et bien
Comme tout animal, de sel et d'un peu d'eau.
Il a tout découvert, il n'a rien inventé.
Il sait que quelques bons à rien seront tentés
De casser le bateau, qu'il devienne radeau.
©JIM