Le vieil homme, 81 ans, a eu un cancer du colon il y deux ans.
Depuis 4 mois, il sait la récidive, et quand un médecin à l'hôpital lui a dit, lundi,"- monsieur vous avez fait un arrêt cardiaque, je vous ai sauvé la vie", il a répondu : "-ce n'est pas ce que vous avez fait de mieux !"
Depuis quelques mois il a organisé ses funérailles, donné sa voiture à sa fille, fait débarrassé les vêtements qu'il avait gardés, de sa chère épouse décédée il y a 15 ans,
Ses amis se sont rendus à son chevet, quatre d'entre-eux, et à chacun, il a donné qui, l'un, un touret de menuisier avec tous les instruments qu'il avait fabriqué, à chacun un outil de son atelier. Pas le genre à partir sans rien dire.
Puis il est mort jeudi matin, sagement, je dirais et personne ne s'est opposé à sa volonté, il voulait depuis si longtemps rejoindre sa Geneviève, qu'il prénommait "ma Louise".
Il clamait sa solitude de chaque jour, à manger devant la photo de sa femme, seul. Ce n'était pas une amitié, si exceptionnelle fût-elle, ni de nombreux amis, ni deux pastis offert, ni l'entretien de son jardin, qui auraient pu le détourner de cette solitude pesante, ce besoin de partir à l'heure dite.
C'était un homme à l'emporte pièce, presque distant, passant pour froid, car il disait ce qu’il pensait, que cela plaise ou non, quand il aimait quelqu'un, il le faisait savoir à la personne, sinon, pas la peine d'essayer d'être son amie si tu n'étais pas sincère, il avait un flair extraordinaire.
Au mois de juin, il avait tenu a me donner ses signes d'affection, une petite bouteille de sirop de fraises qu'il avait confectionné, un beau géranium rouge éclatant, et il avait greffé le pommier avec des greffons de son pommier rare, "belle fille de Salins", une variété ancienne de la région. Il m’avait appris à faire la greffe.
Hier, je suis allée lui rendre visite au funérarium : il était là, posé et reposé sur ce lit, les mains jointes, mais un visage extraordinaire de sérénité, il m'a beaucoup émue, avec ses yeux fermés sur son air malicieux, on aurait dit un premier communiant, un visage d'enfant, alors que son visage en réalité je le connaissais torturé, des poches sous les yeux, il aimait se faire payer deux pastis, il y avait ses yeux malins qui lui mangeaient le visage et je le raccompagnais jusqu’à la barrière, un rituel entre nous.
Il racontait volontiers sa vie, sa famille, ses deux filles, ses petits fils, je l'aimais pour cette intégrité à l'emporte pièce, sa façon de montrer sans en avoir l'air qu'il tenait à moi, il disait son métier de prof de menuiserie, auquel il était parvenu à force de volonté , lui l'autodidacte qui avait voué jusqu'à sa mort une ode à sa famille, son métier.
14heures trente, aujourd'hui, à l'église, pas de chichis, la cloche sonne à toutes volées, c'est qu'il nous attend, il est déjà arrivé, sa famille à pris place à ses côtés, l'entoure, quelques villageois, ses compères, sont là, pas tant de monde que cela se savait indispensable à cet accompagnement, les fidèles sont là, ceux qui avaient vraiment un lien avec lui, intègre, droit, étroit. C'est donc un hommage si les personnes non souhaités sont restées chez elles.
Modèle discret à l'image de sa vie, même le prêtre a reçu des consignes de brièveté, de discrétion, à peine s'il relève sa vie professionnelle, familiale,
Il souhaitait partir, ses filles ont respecté ses dernières volontés,
Sur le parvis de l'église, sous les fleurs, dans sa boite, il attend un peu, les groupes se forment autour de lui, parlent de lui, puis la voiture s'éloigne lentement : Claude rejoint son dernier domicile.
Salut l'ami, tu vas me manquer.