Un peu d'Aragon

Par : Jim
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Jim

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Il n'y a pas d'amour heureux: https://cjoint.com/doc/22_09/LIdegS840kY_Il-n-y-a-pas-d-amour-heureux.m4a

Rien n'est jamais acquis à l'homme
Ni sa force, ni sa faiblesse, ni son cœur
Et quand il croit ouvrir ses bras
Son ombre est celle d'une croix
Et quand il veut serrer son bonheur, il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n'y a pas d'amour heureux

Sa vie elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
À quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désarmes, incertains?
Dites ces mots, ma vie, et retenez vos larmes
"Il n'y a pas d'amour heureux"

Mon bel amour, mon cher amour, ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là, sans savoir, nous regardent passer
Répétant après moi ces mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux, tout aussitôt, moururent
Il n'y a pas d'amour heureux

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos cœurs à l'unisson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n'y a pas d'amour heureux




Ce message a été édité - le 03-09-2022 à 06:40 par Jim
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Jim

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Les lilas et les roses
(le crève-cœur)


https://cjoint.com/doc/22_09/LIea3rSIacY_Les-lilas-et-les-roses.m4a

O mois des floraisons mois des métamorphoses
Mai qui fut sans nuage et Juin poignardé
Je n’oublierai jamais les lilas ni les roses
Ni ceux que le printemps dans les plis a gardés

Je n’oublierai jamais l’illusion tragique
Le cortège les cris la foule et le soleil
Les chars chargés d’amour les dons de la Belgique
L’air qui tremble et la route à ce bourdon d’abeilles

Le triomphe imprudent qui prime la querelle
Le sang que préfigure en carmin le baiser
Et ceux qui vont mourir debout dans les tourelles
Entourés de lilas par un peuple grisé

Je n’oublierai jamais les jardins de la France
Semblables aux missels des siècles disparus
Ni le trouble des soirs l’énigme du silence
Les roses tout le long du chemin parcouru

Le démenti des fleurs au vent de la panique
Aux soldats qui passaient sur l’aile de la peur
Aux vélos délirants aux canons ironiques
Au pitoyable accoutrement des faux campeurs

Mais je ne sais pourquoi ce tourbillon d’images
Me ramène toujours au même point d’arrêt
A Sainte-Marthe Un général De noirs ramages
Une villa normande au bord de la forêt

Tout se tait L’ennemi dans l’ombre se repose
On nous a dit ce soir que Paris s’est rendu
Je n’oublierai jamais les lilas ni les roses
Et ni les deux amours que nous avons perdus

Bouquets du premier jour lilas lilas des Flandres
Douceur de l’ombre dont la mort farde les joues
Et vous bouquets de la retraite roses tendres
Couleur de l’incendie au loin roses d’Anjou.




Ce message a été édité - le 04-09-2022 à 02:56 par Jim
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[Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] oui en effet il vaut mieux voir les paroles écrites
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Oxalys

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"Je n’oublierai jamais les jardins de la France
Semblables aux missels des siècles disparus"

Je n'oublierai jamais cet immense jardin du souvenir où chaque tombe est fleurie d'un rosier à fleurs rouges, symboles de l'amour par delà la mort.


"Bouquets du premier jour lilas lilas des Flandres"
Un écho lointain au rondeau de Mc Crae :
In Flanders fields the poppies grow....
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Saintes

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Je ne sais pourquoi cela me rappelle ces "Lettres autour d'un jardin" que Rilke envoya à Mademoiselle de Bonstetten :
"malgré le soleil généreux de la dernière quinzaine, le printemps du Valais s'attarde cette année. Voici les premières anémones que j'ai cueullies sur nos collines-,elles sont charmantes, n'est-ce pas, et expriment si bien les risques de la saison, ayant mis, en dépit de leur confiance, cette petite fourrure argentée qui les rend presque méconnaissables dans la grisaille du sol pierreux et tout nu encore."
Le 6 mars 1924.



Ce message a été édité - le 11-09-2022 à 11:18 par Saintes
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Salus

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"Il n'y a pas d'amour heureux"
Est un des plus beaux poèmes du monde ; Aragon, pourtant très inégal, atteignait souvent au génie !

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Jim

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https://cjoint.com/doc/22_09/LIuxNKo5IZY_Le-vrai-Zadjal-d-en-mourir.m4a

Le vrai Zadjal d'en mourir


O mon jardin d'eau fraîche et d'ombre
Ma danse d'être mon cœur sombre
Mon ciel des étoiles sans nombre
Ma barque au loin douce à ramer

Heureux celui qui meurt d'aimer

Qu'à d'autres soit finir amer
Comme l'oiseau se fait chimère
Et s'en va le fleuve à la mer
Ou le temps se part en fumée

Heureux celui qui meurt d'aimer

Heureux celui qui devient sourd
Au chant s'il n'est de son amour
Aveugle au jour d'après son jour
Ses yeux sur toi seule fermés

Heureux celui qui meurt d'aimer

D'aimer si fort ses lèvres closes
Qu'il n'ait besoin de nulle chose
Hormis le souvenir des roses
A jamais de toi parfumées

Heureux celui qui meurt d'aimer

Celui qui meurt même à douleur
A qui sans toi le monde est leurre
Et n'en retient que tes couleurs
Il lui suffit qu'il t'ait nommée

Heureux celui qui meurt d'aimer

Mon enfant dit-il ma chère âme
Le temps de te connaître ô femme
L'éternité n'est qu'une pâme
Au feu dont je suis consumé

Heureux celui qui meurt d'aimer

Il a dit ô femme et qu'il taise
Le nom qui ressemble à la braise
A la bouche rouge à la fraise
A jamais dans ses dents formée

Heureux celui qui meurt d'aimer

Il a dit ô femme et s'achève
Ainsi la vie ainsi le rêve
Et soit sur la place de grève
Ou dans le lit accoutumé

Heureux celui qui meurt d'aimer

JEVNES AMANS VOVS DONT C'EST L'AAGE
ENTRER LA RONDE ET LE VOÏAGE
FOV S'EPARGNANT QVI SE CROIT SAGE
CRIEZ A QVI VOVS VEVT BLASMER

HEVREVX CELUY QVI MEVRT D'AIMER

in LE FOU D'ELSA
EPILOGUE (1492 – 1495)
APOCRYPHES DES DERNIERS JOURS




Ce message a été édité - le 21-09-2022 à 01:47 par Jim
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CinquiemeVallee

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Peut-être fut il inegal
Atteignant de sublimes cimes
Et quand je rampe au fond du val
En barbotant ma rame rime

..."Si je pouvais être inégal !
🤣
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Jim

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Les sommets himalayens, 5V, sont inégaux. Certains gugus le sont sur les crêtes, d'autres sur fond des caniveaux : la taille des fluctuations ne varie pas avec l'altitude... C'est bien, dans le casino du quotidien, d'avoir des cimes à regarder quand on a les pieds dans les croupières creusées par les croupiers.
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Ellebore

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Puissant ce poème;

la question est donc,

est-ce que ca vaut le coup et surtout a-t-on vraiment le choix ?
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Jim

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Rares sont les sonnets chez Aragon... Ici, il se justifie par l'imitation de celui du grand poète portugais que fut Luis de Camoëns (1525 / 1580), l'équivalent de Dante pour l'Italie. Il imposa la langue populaire et ainsi fit œuvre nationale. En temps de conflit, Aragon s'oppose à l'occupant en affirmant sa langue face à celle de celui-ci. Il use, pour dire cette résistance, d'une poésie cryptée sur le modèle hérité du troubadour Arnaud Daniel (natif de Ribérac, 1150 / 1210) lequel, pour dire de façon à n'être entendu que par les destinataires en présence de ceux qui ne le sont pas, de ce qu'il nomme "trobar cluz". On retrouve en fait le principe même de l'argot.
Hélas, je ne connais pas le portugais et les traductions de cette langue en français ne sont pas des plus fréquentes... Difficile donc d'apprécier la distance et l'usage que l'auteur introduit et fait de son modèle. Par exemple, il substitue "orages" à "saudades" , ce dernier signifiant plutôt une "mélancolie" liée à l'absence: question de contexte.

https://cjoint.com/doc/23_01/MAbgatzr0EY_Imit%C3%A9-de-Camo%C3%ABns.m4a

IMITÉ DE CAMOENS


Que cherchez-vous de moi perpétuels orages
De quels combats encore allez-vous me berner
Lorsque le temps s'enfuit pour ne plus retourner
Et s'il s'en retournait n'en reviendrait plus l'âge

Les ans accumulés vous disent bon voyage
Eux qui légèrement nous passent sous le nez
A des désirs égaux inégalement nés
Quand le vouloir changeant n'en connaît plus l'usage

Ce que je chérissais jadis a tant changé
Qu'on dirait autre aimer et comme autre douloir
Mon goût d'alors perdu maudit le goût que j'ai

Ah quel espoir trompé d'une inutile gloire
Me laisserait le sort ni ce temps mensonger
Qui guette mon regret comme un château de Loire

(Les yeux d'Elsa – 1942)

Ce sonnet dénué de distique serait plutôt de type Pétrarque, autrement dit véritablement italien, d'autant plus qu'il y a reprise de la rime dans le premier vers du premier tercet, ce qui n'est pas sans rappeler le principe de la tierce rime due à Pétrarque.



Ce message a été édité - le 21-03-2023 à 09:26 par Jim
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Jim

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