Du cœur, de l'humain, beaucoup d'humain...

Par : Guerroua
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Guerroua

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Un des bénévoles d'une association caritative dans la région de Midi-Pyrénées (France) m'a envoyé, il y a quelque temps, des documents par internet, où il m'explique comment communiquer efficacement avec des gens en situation de difficulté.

J'ai découvert avec beaucoup d'humour, quantité de schémas, de grilles et de conseils, détaillant tous les moyens possibles pour atteindre le coeur de ses bénéficiaires. Même si, en mon for intérieur, je savais que ces méthodes «artificielles» et «théoriques» ne mènent pratiquement nulle part, je n'ai pu rien critiquer ni moins encore suggérer à cet ami-là, au demeurant plein de volonté, de crainte de froisser sa sensibilité. Néanmoins, l'histoire d'une fillette indienne de trois ans qui s'est trouvée hospitalisée, loin des siens, durant les années soixante, dans un établissement géré par des religieuses, m'est venue soudainement à l'esprit. Ses parents ne pouvaient la voir parce qu'une grève paralysait tout le pays, empêchant le courrier d'arriver, le train et le téléphone de fonctionner. Puis, dans ce couvent boudhiste, personne n'a eu l'intelligence de lui expliquer l'absence momentanée de sa mère. Inconsolable, la petite se découvrait comme abandonnée depuis toujours, pleurant à chaque heure, le visage de sa mère. Tout au plus, comme elle fut confiée à des religieuses qui faisaient leur travail, et seulement leur travail, elle déprimait et ne dormait guère pendant la nuit.

Fort heureusement que, parmi ces religieuses-là, il y en eut une qui était différente, dans la mesure où, à côté de sa foi et de sa rigueur, elle avait ajouté quelque chose, un petit «rien» mais très important, comme le sel dans un plat de nourriture : la grâce, la douceur, le sourire, beaucoup de sourire. En somme, toutes ces choses-là que d'aucuns, sinon la plupart d'entre nous croyaient inutiles, et qui sont pourtant la base de toute vie réussie, toutes ces choses que plus personne ne nous demande dans un travail, mais qui sont indispensables à l'harmonie de l'équipe, à sa solidité, à sa continuité. Sorte de caution balsamique qui soigne l'âme et la rend plus calme, plus posée, prête à se livrer à l'autre, sans emportement ni violence. L'histoire de cette petite fille indienne prit fin, dans son apparence, au bout de quelques semaines, après qu'elle eut gueri de sa maladie et eut retrouvé sa mère. Or, le comportement exemplaire de cette religieuse-là l'avait fortement imprégné au point qu'elle l'a confondu avec sa propre mère et a refusé de s'en séparer. La raison était, peut-être, que cette religieuse ne pensait pas à elle-même, ne pensait probablement pas ni à Dieu ni aux anges ni aux prophètes, mais plaçait l'humain au-dessus de tout, accomplissant sa tâche avec spontanéité, une gaieté grave et une joie proche de celle qui faisait s'écrouler les montagnes, trembler les arbres, provoquer les esprits. Cette joie désintéressée, sans calculs, sans radinerie, sans parti-pris : profonde, authentique, sincère. Une joie qui n'a besoin ni de livres ni de documents officiels, ni d'internet, ni de schémas ou de grilles pour s'enseigner, mais seulement du cœur, beaucoup de cœur, de générosité, du savoir-être et surtout d'humanité.

Morale de l'histoire : Quand le sentiment qu' «on est tous humains et fragiles devant le destin» l'emporte sur les autres sentiments négatifs tels que l'orgueil, la vanité, ou la haine de soi et des autres, notre personnalité n'en sera que plus renforcée.