Dyspnée

Par : Salus
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Salus

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Dyspnée



L'air me manque et bientôt j'en meurs
(Affaire de cœur et de peurs)

La vie est passée en un rêve,
Trêve au non-être, pause brève,
Merveilleuse effusion du Vif,
Au néant miracle intrusif,
Soixante tours de notre étoile,
Un peu de sang oint sur la toile,
Celle de serge et des blancheurs,
De l'erg enchanté de senteurs
Où le langage ivre ouvre au monde
Et je sais que la terre est ronde,
J'ai compris le coût et le prix
De l'eau, du savoir et du riz,
- L'air me manque, il vient que j'en meure ;
L'affaire de mon cœur m'épeure.

J'ai reçu plus que j'ai donné,
(Salut, Marie-Paule et René)
Des amours me furent cruelles,
D'autres surent m'offrir des ailes,
Et somme toute j'ai vécu
Parmi les hommes, pas déçu,
Atterré ! - préférant les femmes,
L’âpreté franche de leurs âmes
Souvent presque farouchement
Surexposée, et rien n'y ment
Hormis la convention sociale,
Cette façon d'être spéciale
Qui camoufle sa vérité,
Essouffle avec sévérité
L'air très pur des élans candides...

Mais gentilé ou canidés
- Nos égaux, méchants et bornés -
Rares sont, de quelque bord nés
Que ce soit, couleurs confondues
Ithyphalliques ou fendues,
De tout âge, les bonnes gens
Qui savent prendre - ou pas - des gants
Pour dire la parole vraie,
Celle avec le doute livrée,
Sans contrepartie ou calcul
- Qui laisse souvent sur le cul -

L'air me manque, et, dedans, j'en pleure,
De ma vie enfuie en pelure...

Dans l'univers hallucinant,
Loin de ce déclin lancinant
Que nous préparent les trois Parques,
J'ai pris ma distance et mes marques
Et connaissant moi-même, hélas !
J'ai su que le joker, et l'as,
N'ouvraient pas l'ordre de mes cartes,
Que le "cogito" de Descartes
M'était cautère sur du bois
Quand l'été mettrait aux abois
Le printemps, approchant l'automne,
Oracle qui chante et qui tonne,
Tel Cassandre, annonçant l’hiver,
L’heur de l’inéluctable ver...

L'air me manque et mon souffle fleure
Ces relents dont le cœur s’écœure.

J'aurais aimé mille ans de plus,
Que l'élan mena de son flux
L'énormité de ma folie
Dévolue à ce qui nous lie
De langage et de volupté
Dans notre inconscient sculpté
Par la frustration - spolié,
Amputé, policé, lié -
Même si l'animal éructe,
Même si toujours "le truc" te
Tire et te porte, et que tu sens,
Au son du dire, avant le sens,
Les dimensions tant essentielles
Des immersions existentielles...
...Et mille ans, c'est insuffisant !

- Comme j'étais, vivant, visant
L'interstice ouvrant sur le ciel,
(Avec ou sans sensationnel)
Je fus des dernières magies,
Parmi les Muses assagies
Des rhapsodes contemporains
Qui récupèrent les airains,
L’acanthe, le marbre et les aigles
Pour transformer les mots en sigles
En quelque orde athanor abject
Où l'ego est son propre objet.

L'air me manque et l'art est un leurre,
La seconde y ressemble à l'heure
Mais ses rets sont des paradis
(Cèdes-y, toi qui lis ça, dis ?)
Où le concret se désintègre,
Où l’allégorique est un tigre
Feulant l'idéel aboli,
Son principe ! où l'air, embelli,
Et dans l'or du soir, se parfume
Des nards surs d'une vie anthume
Dont la brièveté fait loi
Tel qu'un songe paré d'arroi
Pourrait distendre une durée
En Chronos toujours emmurée...

- Mais si, chat, j'ai vécu plusieurs
Fois, c'est la dernière, d'ailleurs
Les chats, les Muses et les queues
Passés neuf sont des notions feues ;
Aussi je salue un lecteur
Hypothétiquement vecteur
De l'émotion simple et pudique
Cachée en chaque - ici - distique,
Comme en un vers mûri des chais
Miens, où sont rage, amour, cachés
Aux fleurs d'une euphonie aimée,
Indéfiniment animée
Des affres, d'Orphée et du feu
Crépitant de joie à ce jeu
Où l'esprit hanté se transcende
En un cri qu'il faut que l'on sente !

...L'air... me manque...ô Muse,...ma sœur,
Permets-moi de t'être assesseur
Pour offrir mon chant solitaire ;
Fée, éfrit, sois-moi solidaire !
Car j'ai voulu, par mes efforts,
Poursuivre ceux de qui sont morts,
Dont le génie ouvrit la voie,
Telle la voie lactée à l'oie,
Vers une chimère, un projet
Dont de tout temps l'on s'approchait
Lorsqu'un dieu vous a pourvu d'ailes
Pour voler vers un monde d'îles
Résolument irrationnel,
Né du panthalassa réel
Par des pouvoirs imaginaires :
Cent sons si joliment binaires,
L’encens d'une page émergeant,
Et cet autre et preux vif-argent
Qui pose au monde un interstice
Où l'aronde, quoique factice,
Prend, dès lors sèvres, l'envol vrai,
Celui qu'à la fin je suivrai...

- Mais l'air manque ; il faut que j'en meure,
Sans qu'un seul vers ne me demeure.







Ce message a été édité - le 25-08-2024 à 18:39 par Salus
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Lau

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Du souffle, il faut, pour nous lire cette dyspnée,
Quand le refrain nous revient, cardiaque et cordial ;
Mais la musique élevée au rang d’art martial
Aide à nous battre en la lecture, une œuvre est née !

D’abord l’auteur inscrit dans sa nature –innée-
Qui le dépasse et trouve l’univers génial,
Oublie un temps l’oiseau, la truite ou l’orignal
Et se penche sur l’homme et sur la Femme aînée.

Que dire de la frousse en ce premier tercet
Qui resurgit toujours des flots ? Cet exocet
Est à l’aune du grandiose ;

Et le temps, loin d’un continent, n’est qu’un îlet
Mais nous apaise un peu le verbe, alors il est
Un poème qui grandit, ose.

[Jolie ainsi « La voie lactée »]
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Salus

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Un magnifique hommage ! Et quand
Les distiques seraient tercets
Je n'en peux que me sentir grand !
(Comme à gagner plusieurs tiercés)



Oui, "Milliards"...
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Jim

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Salus

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Merci, Jim, pour le ton si particulier de ton interprétation.