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Vous avez dit Rainer ?...

Par : Jim

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Jim

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Alors, d'autorité, je proposerais :

Wir dürfen dich nicht eigenmächtig malen,
du Dämmernde, aus der der Morgen stieg.
Wir holen aus den alten Farbenschalen
die gleichen Striche und die gleichen Strahlen,
mit denen dich der Heilige verschwieg.

Wir bauen Bilder von dir auf wie Wände;
so dass schon tausend Mauern um dich stehn.
Denn dich verhüllen unsre frommen Hände,
sooft dich unsre Herzen offen sehn.

$$$$$$$$$$


D'autorité nous n'osons pas te peindre,
ô crépuscule, toi d'où surgit le matin.
Et nous allons chercher sur l'ancienne palette
les mêmes traits et les mêmes rayons
qui te dissimulaient sous le pinceau du saint.

Nous dressons devant toi de ces parois d'images
qui font que te voilà déjà cerné de mille murs.
Car te voilent nos mains pieuses
chaque fois que nos cœurs face à face te voient.


... et pour continuer le jeu, quelle traduction proposeriez-vous ?

Da stieg ein Baum. O reine Übersteigung!
O Orpheus singt! O hoher Baum im Ohr!
Und alles schwieg. Doch selbst in der Verschweigung
ging neuer Anfang, Wink und Wandlung vor.

Tiere aus Stille drangen aus dem klaren
gelösten Wald von Lager und Genist;
und da ergab sich, dass sie nicht aus List
und nicht aus Angst in sich so leise waren,

sondern aus Hören. Brüllen, Schrei, Geröhr
schien klein in ihren Herzen. Und wo eben
kaum eine Hütte war, dies zu empfangen,

ein Unterschlupf aus dunkelstem Verlangen
mit einem Zugang, dessen Pfosten beben, -
da schufst du ihnen Tempel im Gehör.

$$$$$$$$$$

Alors un arbre s'éleva. Ô pure transcendance !
Ô Orphée chante ! Ô arbre majestueux à l'oreille !
Et tout se tut. Pourtant, même dans le silence,
un nouveau commencement, un signe, une transformation s'opéra.

Des animaux immobiles émergèrent de la forêt claire
et déployée, de repaires et de nids ;
et il devint clair que leur silence intérieur
n'était pas dû à la ruse, ni à la peur,

mais à l'ouïe. Rugir, crier, beugler
leur paraissait insignifiant. Et là où
il n'y avait guère de hutte pour accueillir cela,

un abri né du plus profond désir,
avec une entrée dont les piliers tremblaient —
là, tu as créé pour eux des temples de l'ouïe.


À cette traduction automatique, j'oppose celle de Armel Guerne :

Là s'élançait un arbre. O pur surpassement !
Oh ! mais quel arbre dans l'oreille au chant d'Orphée !
Et tout s'est tu. Cependant jusqu'en ce mutisme
naît un nouveau commencement, signe et métamorphose.

Animaux du silence, oubliant gîte et nid,
ils sortaient des forêts claires et délivrées ;
et l'on comprit alors que s'ils se tenaient cois,
ce n'était ni par peur, ni non plus par malice,

mais pour entendre. Hurler, bramer, rugir apparaissait
trop petit à leur cœur. Et où il n'y avait,
pour accueillir le chant, qu'un abri misérable,

à peine un antre au creux du plus obscur désir,
dont le seuil incertain tremble avec ses piliers :
tu leur as érigé un temple dans l'écoute.

Posté à 22h09 le 14 janv. 26

Édité à 01h41 le 15 janv. 26 par Jim

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Tontonjacques

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J'avais essayé de traduire le premier texte, mais traduire Rilke, ce n'est pas du tout évident, et ça ne se fait pas en cinq minutes sur un coin de table...

Nos intuitions bien souvent nous égarent,
Ô toi l'obscure source du matin.
Nous recherchons, au fond de nos mémoires,
Les mêmes tons, les mêmes rais de gloire
Dont autrefois t'a revêtu le saint.

Comme des murs se dressent nos images
Et mille murs se dressent devant toi.
Nos pieuses mains occultent ton visage
À chaque fois que notre cœur te voit.

De toutes façons, quand ça devient trop ésotérique, j'abandonne, il y a bien assez de spécialistes qui nous expliqueront comment il "faut" interpréter le poème.

Posté à 23h47 le 14 janv. 26

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Tontonjacques

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Je préfère la simplicité de Mascha Kaléko, car là, ça me parle (je suis un peu primaire) :

Sonne

Ich tat die Augen auf und sah das Helle,
Mein Leid verklang wie ein gehauchtes Wort. -
Ein Meer von Licht drang flutend in die Zelle,
Das trug wie eine Welle mich hinfort.
 
Und Licht ergoß sich über jede Stelle,
Durchwachte Sorgen gingen leis zur Ruh. -
Ich tat die Augen auf und sah das Helle,
Nun schließ ich sie sobald nicht wieder zu.


Soleil

J'ouvris les yeux, et je vis la lumière,
Comme un soupir, passèrent mes chagrins. –
Le jour, à flots, inonda mes paupières
Et m'emporta comme la vague au loin.
 
Et la clarté emplit la pièce entière,
Tous mes soucis se turent doucement. –
J'ouvris les yeux, et je vis la lumière,
Ils sont ouverts à jamais maintenant.

Posté à 00h00 le 15 janv. 26

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Oxalys

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Sachant que
traduire c'est trahir, Übersetzer gleich Verräter,
à chacun de causer Rilke comme „le bec lui a poussé“ ou plutôt „wie ihm der Schnabel gewachsen ist“

Je préfère la simplicité des humoristes, car là ça me parle, je suis un peu fantaisiste. Heinz Erhardt, par exemple, poète de l'absurde, un genre de Pierre Dac allemand :

Mona Lisa und die Maler

Zu Titzian, dem Maler, schlich
Die holde Mona Lisa und
Sie bat ihm :"Bitte malen Sie mich
Vorn vorne, und auch recht schön bunt !"

Der Maler brauchte grade Lire
Drum antwortete er : "Si, si"
Doch eh die Leinwand ich beschmiere,
Wieviel Madame bezahlen Sie ?"

Da rief sie voll Impertinenz
"Sie wollen Geld von mir, wieso ?"
Jetzt gehe ich zur Konkurrenz,
Und zwar zu Michelangelo !"

Der war leider nicht zu Hause...
"Ja, wenn", so dachte sie "gibt es noch ?"
Ob ich mal schnell nach Holland sause
Zu Rembrandt oder zu van Gogh ?"

Es fehlte ihr an Zeit, wie's schien,
Und auch an finanzieller Kraft,
So blieb ihr nur der da Vin-
ci und der hat's denn auch geschafft!"

Er bracht‘ ihr Lächeln gut zuwege,
Die ganze Kunstwelt war besiegt -
Verzeiht drum, wenn ich Zweifel hege :
Hätt's nicht ein anderer Kollege
Vielleicht doch besser hingekriegt ?"

(Heinz Erhardt - 1909-1979 – poète de l‘asburde)

La Joconde et les peintres

La gente Dame Mona Lisa se rendit
Chez Le Titien et lui dit :
"Faites-moi le portrait, je vous prie
De face, avec de beaux coloris!"

Le maître avait justement besoin de lires,
Il répondit "Si si, avec plaisir"
Mais demanda avant même de barbouiller :
Combien Madame allez-vous me payer ?"

Elle s'écria "Quel impertinent,
Vous n'en voulez que pour mon argent.
Je m'en vais voir votre concurrent
Michel-Ange, il est plus commerçant !"

Malheureusement il n'était pas chez lui
"Tant pis" se dit-elle, "il y a plus avenant"
Je fonce tout droit en Hollande, pardi,
Chez Van Gogh ou bien chez Rembrandt.

Apparemment le temps pressait,
Ou alors elle n'avait pas assez de sous
Elle alla voir De Vinci, c'est plus près
Il décrocha la commande, du coup.

Il lui peignit un sourire si étrange
Que le monde des arts fut conquis.
Pardonnez si mon avis vous dérange :
Un autre collègue aurait-il eu le génie
De faire un portrait mieux réussi ?"

traduction-adaptation Oxalys

Posté à 09h50 le 20 janv. 26

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Jim

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Très drôle ! Quelle charmante enfant, cette Giocondera ! En sus, la trado est rimée, mais que voudrait de plus ce coquin de peuple!

Posté à 14h21 le 20 janv. 26

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Oxalys

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Le coquin de peuple devrait apprécier cette autre facétie erhardtienne pour changer d'un climat assombri tant par la rectitude poétique que la turpitude politique :


Zeus

Im Himmel machte er die Blitze,
auf Erden aber lieber Witze.
So hatte er, als Tier verwandelt,
sehr oft mit Damen angebandelt!

Einst näherte er sich – als Stier –
Europa und sprach keck zu ihr:
“Ich bin der Zeus! Macht keine Zicken
und setzt Euch hier auf meinen Rücken !
Halt’t Euch am Horne fest und flieht
mit mir dorthin, wo’s keiner sieht !”
Erst zierte sich das Mädchen sehr – – –
dann weniger – dann wieder mehr —
da wurde es selbst Zeus ganz klar,
wie uneinig Europa war !
Und es ist gar nicht übertrieben,
zu sagen, es sei so geblieben ! –

Durch alte Schriften ist belegt,
daß Vater Zeus fast unentwegt
nach unten kam, sich abzulenken –
statt oben ans Regiern zu denken,
bis seine Frau, die Hera hieß,
ihn einfach nicht mehr runterließ.
Im Himmel aber, da verlor
er jeden Sinn für den Humor –
drum hört man auch vom alten Zeus
nichts Neus !

Heinz Erhardt


Zeus

Dans le ciel il lançait des éclairs
mais aimait mieux faire des blagues sur terre.
C'est ainsi que, déguisé en divers animaux,
auprès des dames il faisait le beau !

Un jour, sous la forme d'un taureau,
il s'approcha d'Europe et lui tint ces mots :
« C'est moi Zeus, ne fais pas d'histoire
sur mon dos viens vite t'asseoir !
Agrippe mes cornes et partons nous cacher
là où personne ne viendra nous chercher".
D'abord la fille hésita beaucoup trop,
puis un peu moins, puis à nouveau -
Zeus comprit alors, tant c'était évident,
qu'Europe hésitait tout le temps.
Et l'on peut constater encore aujourd'hui,
sans exagérer, qu'il en est toujours ainsi.

Les vieilles écritures portent témoignage
que le Père Zeus faisait sans cesse le voyage
là-bas rien que pour s'amuser
au lieu de rester là-haut à gouverner.
Jusqu'au jour où sa femme, qui s'appelait Héra,
à ces allées-venues mit le holà.
Il dut rester au ciel pour toujours
mais y perdit à force son humour -

du vieux Zeus on n'entendit davantage
quel dommage !

Traduction/adaptation : Oxalys


Ndlt
Ce poème, écrit en 1970, comparait déjà les tergiversations de l'Europe mythologique avec celles de l'Europe géo-politique. Un texte visionnaire, en somme !

Posté à 09h48 le 29 janv. 26

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