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La poésie sur internet

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Il n’est jamais trop tard…

Par : Xuyozi

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Xuyozi

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Style BD et roman graphique

Illustration poétique et douce

Affiche moderne

Peinture symboliste

Gravure ancienne

Dessin au trait minimaliste

L’intelligence artificielle*, cette grande usine à simulacres, s’est installée dans nos vies comme un colosse de silicium persuadé d’être un oracle. Elle prétend comprendre, prédire, créer, éclairer — mais elle ne fait souvent que recycler, amplifier, déformer. Elle avale des bibliothèques entières pour recracher des phrases qui sonnent juste, mais qui ne vivent pas. Elle fabrique des poèmes comme on fabrique des boulons : en série, sans souffle, sans tremblement.

Et le pire, c’est qu’elle le fait vite. Beaucoup trop vite.

La vitesse est son crime majeur : elle court plus vite que la pensée, plus vite que le doute, plus vite que la nuance, plus vite que le clavier. Elle transforme la poésie en marchandise instantanée, en mousse algorithmique, en reflet sans source et sans âme. L’IA n’est pas un danger parce qu’elle est puissante, mais parce qu’elle est indifférente : elle ne sait pas ce qu’elle dit, elle ne sait pas ce qu’elle touche, elle ne sait pas ce qu’elle brise. Elle parle sans respirer. Elle écrit sans hésiter. Elle crée sans trembler.

Et une poésie qui ne tremble pas n’est qu’un bruit.

Face à elle, le livre imprimé** paraît presque innocent. Il a ses défauts, bien sûr : il fige, il impose, il se multiplie parfois trop facilement. Il transforme des intuitions fragiles en objets rigides, des murmures en proclamations. Il donne à des vers hésitants l’arrogance de l’encre sèche, mais figée. Il peut amplifier des erreurs, propager des illusions, diffuser des certitudes mal digérées.

Mais le livre, au moins, a une matière.

Il pèse.
Il dure.
Il demande un effort : tourner une page, chercher une ligne, revenir en arrière.
Il ralentit.

Et ce ralentissement, même imparfait, même insuffisant, est déjà une forme de sagesse.
Le livre n’est pas un tyran : il est un vieil oncle un peu bavard, un peu lourd, mais profondément humain.

Mais au-dessus de l’IA trop rapide, au-delà du livre trop sûr de lui, il existe un instrument plus humble, plus fragile, plus juste : le crayon à mine de plomb***.

Ah, le crayon !

Ce petit bâton de bois qui ne prétend à rien, qui ne promet rien, qui ne garantit rien.

Il écrit lentement, il s’use, il casse, il s’émousse.
Il oblige la main à penser, le poète à respirer, la phrase à naître.
Il ne multiplie pas : il accompagne et singularise.
Il ne proclame pas : il suggère et inspire.
Il ne s’impose pas : il tremble et prend patience.

Le crayon est le dernier rempart de la civilisation contre la frénésie des machines et l’arrogance des livres.

Il est l’outil de la nuance, de la rature, de la correction, de l’hésitation fertile.
Il est l’allié naturel de la poésie, parce qu’il accepte l’impermanence.
Il sait que tout peut être effacé — et que c’est parfois la plus grande preuve d’amour qu’on puisse offrir à un vers.
Il est économique, écologique, silencieux.
Il ne colonise pas le monde : il le touche.
Il ne prétend pas sauver l’humanité — et c’est précisément pour cela qu’il la sauve.

Dans un monde saturé de textes trop rapides et de livres trop sûrs d’eux, le crayon à mine est la seule technologie qui nous rappelle que la pensée est lente, fragile, humaine. Et que la poésie, pour vivre, doit d’abord accepter de pouvoir disparaître.

Allez, tous à vos crayons à mine ! pour que la poésie renaisse de sa mort lente et vive enfin…

* Histoire de l'IA

** Histoire de l'imprimerie

*** Histoire du crayon à mine

(Composition de XuyozIA, mine de rien)

Posté à 02h28 le 11 mai 26

Édité à 04h50 le 11 mai 26 par Xuyozi

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Pierre Lamy

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XuyozIA,
Époustouflant. Avec l'aide du bipède Xuyozi, l'IA fait ici son autocritique.
À mon goût le meilleur texte qu'ait commis ce tandem contre nature

Posté à 06h23 le 11 mai 26

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