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Poésie d'hier / Chant Royal
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Chant Royal
par Péire GODOLIN


Petits chantres aislez que le printemps rameine Quand Flore estend les plis de son manteau de fleurs, Qui de mille fredons tirez à longu’haleine, De la mignarde Nimphe esvantez les honneurs ; Oyseau qui, soubs l’effort d’une ame trop parjure, Perdis avec l’honneur la première figure, (1) Toy qui vois par le feu tes ans renouvellez, Et vous, voisins de l’onde, merveilleux oyselés, Dont le grand Roy des vents les gésines honnore, Allez veoir, sous le Ciel des Indiens hallez, L’infatigable vol des oyseaux de Tidore. (2) Ils volent sans voler, et leur aisle soudaine Semble ne mouvoir pas à l’œil des Spectateurs, Comme lorsqu’un doux vent frise l’ondeuse plaine, La nef semble immobile à ses soupirs flatteurs ; Mais voicy leur bon-heur : sans chercher leur pasture, Ils reçoivent du Ciel leur douce nourriture ; Ils hument, quand l’Aurore a ses yeux desillez, La rosée qui cheoit à petits brins perlez ; Puis, d’un second repas tu soustiens, belle Flore, Avec les doux parfums de ton sein exhalez, L’infatigable vol des oyseaux de Tidore. Leur plumage divers, où Iris prit la peine D’employer de son arc les plus vives couleurs, Semble allumer les airs sous la clarté qu’il meine, Quand Phoebus y respand ses aymables lueurs. Sur leurs aisles on voit un chef d’œuvre en peinture, Où de Pourpre et d’Azur esclate la teinture. O ! que nos yeux seroient par le regard colez Dessus ses beaux crayons si proprement meslez ! Du moins, dès que Phoebus la campagne redore, Les miens jusques au soir suivront esmerveillez L’infatigable vol des oyseaux de Tidore. Des citoyens de l’air l’un cherche une fontaine, L’autre, les lieux où Flore embasme l’air d’odeurs ; L’un s’ayme où d’un ruisseau l’argent vif se promeine, L’autre fuit dans les bois les célestes ardeurs ; Mais le Mamuque seul tant de l’air il s’asseure Que voletant toujours en paix il y demeure : Lors donc que tu t’en vas revoir les flots salez, Raconte, ô clair Phoebus, aux peuples Escaillez, Comme tu vois toujours, dès que la belle Aurore Parseme de bouquets les planchers estoillez, L’infatigable vol des oyseaux de Tidore. Vous qui volez armez d’une griffe inhumaine, Sanguinaires Faucons, affamez picoureurs, Quand vous irez questant quelque proye incertaine, Que le Mamuque soit exempt de vos fureurs ; Si vous fondez sur eux, la celeste voulture D’un foudre punisseur vangera cette injure ; Et vous, fiers Aquilons, qui l’orage soufflez, Qui de la Terre au Ciel les flots pesle-meslez, Parcourant l’Orient et le rivage More, Enfin, arrestez-vous, et jamais ne troublez L’infatigable vol des oyseaux de Tidore. Allégorie Tidore, dans mes vers, l’Eglise nous figure ; Et les mortels dévots, lors que d’une ame pure Ils s’eslevent à Dieu, de son amour zelez, Y sont mystiquement Mamuques appelez. Cet amour qu’en nos cœurs l’Esprit saint fait esclore Sera, lorsqu’ils n’en sont nullement esbranlez, L’infatigable vol des oyseaux de Tidore. (1) Il s’agit de Progné, qui aurait été changée en hirondelle. En fait, il s’agit d’une mauvaise interprétation de la légende reprise par Esope, récupérée par Ovide et d’autres, fondée sur l’étymologie de Philomèle la désignant comme étant un rossignol, et par suite de Progné une hirondelle, erreur reprise par la Fontaine dans sa fable. Philomèle est violée par Térée, roi de Thrace, qui lui coupe la langue pour qu’elle ne le dénonce. Elle dénonce ce crime à Progné sa sœur, épouse de Térée, par une broderie. Celle-ci se venge en tuant le fils de Térée et en le lui servant en repas. Les dieux, ayant toujours soif de justice, changeront Philomèle en hirondelle, Progné en rossignol, et Térée en huppe. Tout est sauf, for l’horreur. On ignorait, en ces temps glorieux, la date du 8 mars… Autrefois Progné l'hirondelle De sa demeure s'écarta, Et loin des villes s'emporta Dans un bois où chantait la pauvre Philomèle. « Ma sœur, lui dit Progné, comment vous portez-vous? Voici tantôt mille ans que l'on ne vous a vue: Je ne me souviens point que vous soyez venue, Depuis le temps de Thrace, habiter parmi nous. Dites-moi, que pensez-vous faire? Ne quitterez-vous point ce séjour solitaire? -Ah! reprit Philomèle, en est-il de plus doux? » Progné lui repartit: « Eh quoi? Cette musique, Pour ne chanter qu'aux animaux, Tout au plus à quelque rustique? Le désert est-il fait pour des talents si beaux? Venez faire aux cités éclater leurs merveilles. Aussi bien, en voyant les bois, Sans cesse il vous souvient que Terrée autrefois, Parmi des demeures pareilles, Exerça sa fureur sur vos divins appas. - Et c'est le souvenir d'un si cruel outrage Qui fait, reprit sa sœur, que je ne vous suis pas: En voyant les hommes, hélas! Il m'en souvient bien davantage. » (2) « Tidor, une des petites Moluques (Nouvelle-Guinée). Les oiseaux de Tidor ou Mamuques étaient les oiseaux de paradis que l’on crut longtemps naître sans pieds, ne se reposant jamais et ne se nourrissant que de ce que l’air avait de plus éthéré » (Noulet)

Etude sur Pèire Godolin, par l'abbé Joseph Salvat (Ed.: Edouard Privat)

Poème posté le 24/07/20 par Jim



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