La poésie sur internet
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Par : Clementcheylan
Présentation :
Ce texte tend à prouver que le lapsus, cheval de bataille pour psy de tous poils, est en fait un mot bien rangé dans un meuble, dont le langage ouvre parfois le tiroir.
Texte :
Quel est donc cet étrange phénomène qui nous fait dire un mot à la place d’un autre ? Nous appelons cela un lapsus linguae lorsqu’il est parlé, et un lapsus calami lorsqu’il est écrit.
Nous nous appesantirons sur le lapsus parlé. Nous pouvons lui accorder trois raisons d’être.
La première est due à la fatigue, la deuxième à un trop grand flot verbal. Ces deux raisons sont facilement concevables, la troisième me semble plus amusante. Elle dépend d’une obsession, d’une préoccupation, de quelque chose dans le genre.
Imaginez par exemple un homme se renseignant depuis quelques jours pour repeindre sa maison. Il a la tête pleine de prix, de peinture, de mètres carrés, d’échafaudage, de couleurs etc... puis il rencontre un ami et ils en viennent à parler d’une personne qu’il n’aime pas. Notre peintre en herbe pourra dire tout naturellement et peut-être sans s’en rendre compte, celui-là je ne peux pas le voir, même pas en façade ! Et voilà le lapsus.
Mais le plus souvent il s’agit d’un mot qui ressemble beaucoup. Par exemple, souche, mouche, couche etc... il y a presque toujours une musicalité entre le lapsus et le bon mot. Le lapsus généralement ne déroge pas à la musicalité du langage, à la prosodie.
Rappelez-vous notre ministre Rachida Dati, qui au lieu de nous dire le mot inflation, employa le mot fellation. Nous pouvons constater que des similitudes indéniables rapprochent phoniquement ces deux mots. Ils ont chacun trois syllabes, ils finissent de la même façon par « tion », et on retrouve dans chacun le f le l et le a. Cela est très souvent le cas. Pour exemple, péroné avec périnée, ou ministre avec sinistre, ou encore big bang avec big band.
On pourrait comme cela en décliner quelques centaines.
Je pense que ce qu’il faut comprendre dans le lapsus, c’est que la bouche le prononce et les oreilles l’entendent. La bouche donne, et les oreilles reçoivent.
Pour être plus clair, le lapsus sortant de la bouche n’a pas de signification. Le sens, s’ il y en a un, dépend des oreilles qui entendent le lapsus et vont l’interpréter. On pourrait penser avec de la mauvaise foi que Rachida Dati souffrirait d’une certaine préoccupation, il me semble qu’il n’en est rien. À mon avis, il y a plus de fellation dans les oreilles qui entendent ce lapsus que dans la bouche de notre ministre.
Le lapsus en lui-même n’a pas de sens. Il n’a que celui qu’on lui donne. Le lapsus nous amuse, nous donne à penser, mais c’est toujours un après coup, une réflexion, une interprétation, une sorte de toboggan qui nous permet parfois d’accéder à une représentation inattendue de la réalité, la faisant se transformer, passant d’un caractère ordinaire à d’autres peu banals.
Voilà.
Posté à 12h14 le 02 mai 22
Le lapsus n'a peut-être pas de sens, mais le texte analysant cette "bévue" n'en manque pas, par contre..
Une bévue qui devient de l'art tout court quand elle se targue d'allier harmonie du son et fantaisie de l'image. Raymond Devos en est la meilleure preuve. Mais aussi un autre virtuose, plus ancien, presque oublié, qui maniait le genre avec brio. Je me souviens..
Posté à 12h13 le 05 mai 22
Oui Oxalys, tu as bien raison!
Je pense aussi à Bobby Lapointe, Stéphane De Groodt, et quelqu'un de moins connu : Sol, sans oublier ce cher Michel de Montaigne qui avait intitulé un paragraphe " Des vers de Virgile " alors qu'en réalité il fallait lire " Des verges viriles ".
D'ailleurs, je ne suis pas sûr que tout le monde ait vu dans le titre de mon texte la contrepèterie qui s'y cache.
Amicalement
Posté à 13h21 le 05 mai 22
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