La poésie sur internet
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Par : Clementcheylan
Présentation :
J’ai tenté par ce texte de parler d’un sujet hautement complexe, sans tabou ni pudeur, en évitant les lieux communs et les pensées catégoriques qui généralement affublent cette ultime action que l’on nomme suicide.
Texte :
Beaucoup d’entre nous ont été confrontés à cet acte qui consiste à abréger sa vie et que l’on appelle suicide. Prendre le suicide comme objet philosophique n’est pas aisé. Bien d’autres l’ont fait. À l’instar de mes honorables prédécesseurs, il est temps pour moi d’apporter en toute humilité ma modeste pierre à l’édifice.
Il me semble, si l’on excepte souffrances et douleurs insupportables, si l’on se trouve donc en dehors de cette conjecture, que le suicide semblerait provenir dans l’immense majorité des cas d’une déception. Cette déception est due au fait que l’on pense que la vie pourrait être, ou aurait dû être autrement que ce qu’elle est, ou autrement que ce qu’elle a été. Il y a donc un décalage entre ce que nous apporte la vie et ce que l’on pense être en droit d’attendre d’elle. Cette déception est bien souvent à l’origine de déprime, de dépression, de mélancolie, de tristesse et de désarroi infinis.
Notons pour la suite de mon propos la différence entre être dans le désespoir, et être désespéré. Être désespéré, c’est être sans espoir mais aussi sans crainte .
Être dans le désespoir, c’est être dans un état où plus aucune joie n’est possible.
Paul Audi nous dit que la volonté d’être un autre que soi-même participe du désespoir.
Vouloir être quelqu’un d’autre pour échapper au malheur qui s’abat sur moi ! C’est ce refus de notre réalité qui provoque l’ impuissance à rebondir, à faire acte de résilience.
Nous sommes toujours en devenir, il y a toujours un autre nous-même qui s’inscrit en nous-même qui devient nous-même tout en nous laissant devenir autre. Cela peut paraître compliqué, mais ce n’est que l’existence évoluant dans la temporalité.
Mais le malheur nous empêche de considérer ce qui nous arrive. Il nous enlève notre capacité à réfléchir, à accueillir le réel.
Chez les Antiques, Sénèque nous enjoint à quitter notre vie lorsqu’elle ne vaut plus la peine d’être vécue. Notre époque nous permet parfois de vivre au-delà de nos capacités à abréger nous-même notre vie. En France, ni notre parole ni nos écrits ne suffisent pour être assisté dans notre suicide. C’est à cause de cela que s’écrasent sur le bitume du rez-de-chaussée les corps défenestrés des vieux locataires d’Ehpad qui ont la funeste chance de loger à l’étage.
Il serait temps qu’entre dans les mentalités la possibilité d’exercer selon notre volonté l’ultime liberté consistant à restituer, quand nous l’aurons désiré, les atomes de notre corps au monde qui les a, par le passé, si bien réunis.
Voilà.
Posté à 16h59 le 15 juin 22
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