Ça m'a l'air d'être surtout de la sodomisation de diptères. Je ne pense pas qu'il y ait de "règles" universelles, surtout quand elles s'appuient sur des pré-supposés pour le moins discutables. C'est exactement comme la circulation routière : si vous roulez un dimanche de juin, à jeun, par grand soleil, dans une voiture fiable, sur une route droite et exempte de trafic, ce n'est pas pareil que si vous roulez bourré à l'heure de pointe dans un vieux clou par un très mauvais temps de décembre, mais la gendarmerie fera la démonstration de son caractère obtus : c'est marqué 80, vous devez rouler au maximum à 80, point, veux pas le savoir. Il y a quelque chose qui s'appelle le bon sens personnel, mais cela n'entre pas en ligne de compte ici.
"La fille de Minos et de Pasiphaé" est considéré comme un des plus beaux vers de la langue française, or il contient 2 noms propres étrangers, dont l'un (Pasiphaé) présente un hiatus évident. En revanche, quand on dit "à Arles", c'est désagréable, comme l'a bien vu Toulet : "Dans Arle, où sont les Aliscams" (noter aussi l'orthographe de Arles et de Alyscamps). On dit souvent : en Arles, en Avignon, pour éviter le hiatus a-a, ce qui en choque certains, pourtant je trouve ça plus joli (mais faut-il dire aussi en Arras ?) Dans le nom "Nausicaa", on a 2 a qui se suivent, et dans "Faaa" (le nom de l'aéroport de Tahiti), on en a carrément 3, même si certains écrivent Faa'a.
Quand j'ai traduit "Einsamkeit", de Rilke, je me suis retrouvé, littéralement, devant "La solitude alors s'en va avec les fleuves" (dann geht die Einsamkeit mit den Flüssen), j'ai trouvé ça un peu gênant à l'oreille, donc j'ai modifié : la solitude alors s'en va au long des fleuves, il y a toujours un hiatus (a-o) mais il est moins désagréable, à mon avis, même si le sens a un peu changé (et je garde l'alexandrin). Tous les hiatus ne sont pas équivalents, il y en a de moins gênants que d'autres (ça me rappelle aussi les questionnaires médicaux du genre : êtes-vous fumeur ? Euh oui mais je ne fume que 3 cigarettes par jour. Veux pas le savoir ! Vous êtes fumeur, point, et peu importe combien vous fumez, quelle marque, et que ce soit le cigare, la cigarette ou la pipe, le tabac, c'est diabolique, de toutes façons vous avez tort.
Il y a bien d'autres cas de cacophonies possibles (l'article parle notamment des synérèses / diérèses ; personnellement, j'ai toujours prononcé "pieux" en une syllabe, donc je trouve que prononcer pi-eux fait "artificiel" et désagréable, mais ça dépend aussi de l'époque et de la région. L'idéal, à mon avis, c'est (à moins qu'on ne recherche volontairement la cacophonie) de faire en sorte que le vers "coule bien", que le lecteur, et surtout l'auditeur, ne se rende même pas compte que l'auteur a passé un temps considérable à éviter telle voyelle ou telle consonne à tel endroit : c'est la qualité in absentia, je pense. J'ai trouvé un exemple ahurissant de cacophonie (5 syllabes commençant par 't' qui se suivaient, en français - je n'ai plus la référence exacte sous la main) dans la traduction d'un poème de Essenine qui parlait des coqs de bruyère, ou grands tétras : je suppose que le traducteur prétendra qu'il s'agissait d'harmonie imitative, oui mais il n'y a absolument rien de tel dans le texte originel russe, donc mieux aurait valu trouver autre chose.
Bref, si ça sonne mal à votre oreille, essayez de contourner, si vous n'entendez rien de choquant, à vous de voir.