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[Question]Elision et césure

Par : Gruaur

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Gruaur

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J'ai appris que les règles classiques de la poésie il faut élidé tous les "e féminins" ou ne pas en mettre et j'avais une question par rapport au féminin pluriel. Un mot avec un "e féminin" final au pluriel prend un s (par exemple) et ne peut donc pas être élidé est ce que ça signifie que les mots avec un "e féminin" ne doivent pas être au pluriel. Exemple "vivre des vies nouvelles" c'est correct ou non par rapport aux règles classiques. Merci d'avance pour vos futures réponses.

Posté à 19h45 le 08 déc. 25

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Tontonjacques

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A mon avis, autrefois non, mais aujourd'hui ça passe, vu qu'on dit "dé vi nouvèl". Toutefois, personnellement j'éviterais autant que possible, ça me dérange un peu.

(P.S.) Plus précisément, je n’ai jamais entendu dire (de nos jours) les viEU nouvelles (pareil d’ailleurs pour « la vie nouvelle »), alors que dans « les villes nouvelles » par exemple, on peut – et on doit même, en poésie classique, prononcer villEU, même si dans le langage courant, on dira en général « lé vil nouvèl ». La langue évolue...

Posté à 23h17 le 08 déc. 25

Édité à 00h03 le 09 déc. 25 par Tontonjacques

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RommelPh

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La règle classique (de Malherbe au 20ème siècle) était la suivante :

(Voyelle - e - consonne) est interdit, même si la consonne est une marque du pluriel. Dès lors des vies nouvelles est interdit. Et la seule façon d'employer vies est lorsque ce mot est le dernier du vers.
(Voyelle - e - voyelle) est autorisé et ne fait pas hiatus (???)
(Consonne - e - consonne) le e se prononce et compte pour une syllabe.
(Consonne - e - voyelle) le e se prononce pas.

Apollinaire a abrogé la première règle :
La joie venait toujours après la peine.

Posté à 20h53 le 22 janv. 26

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Sylvain2023

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J'ai trouvé ce lien sur les forums aujourd'hui. Je le pose ici.

https://books.openedition.org/pup/1498?lang=fr


PS: Je ne l'ai pas encore lu c'est effrayant .


Posté à 21h57 le 22 janv. 26

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Tontonjacques

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Ça m'a l'air d'être surtout de la sodomisation de diptères. Je ne pense pas qu'il y ait de "règles" universelles, surtout quand elles s'appuient sur des pré-supposés pour le moins discutables. C'est exactement comme la circulation routière : si vous roulez un dimanche de juin, à jeun, par grand soleil, dans une voiture fiable, sur une route droite et exempte de trafic, ce n'est pas pareil que si vous roulez bourré à l'heure de pointe dans un vieux clou par un très mauvais temps de décembre, mais la gendarmerie fera la démonstration de son caractère obtus : c'est marqué 80, vous devez rouler au maximum à 80, point, veux pas le savoir. Il y a quelque chose qui s'appelle le bon sens personnel, mais cela n'entre pas en ligne de compte ici.

"La fille de Minos et de Pasiphaé" est considéré comme un des plus beaux vers de la langue française, or il contient 2 noms propres étrangers, dont l'un (Pasiphaé) présente un hiatus évident. En revanche, quand on dit "à Arles", c'est désagréable, comme l'a bien vu Toulet : "Dans Arle, où sont les Aliscams" (noter aussi l'orthographe de Arles et de Alyscamps). On dit souvent : en Arles, en Avignon, pour éviter le hiatus a-a, ce qui en choque certains, pourtant je trouve ça plus joli (mais faut-il dire aussi en Arras ?) Dans le nom "Nausicaa", on a 2 a qui se suivent, et dans "Faaa" (le nom de l'aéroport de Tahiti), on en a carrément 3, même si certains écrivent Faa'a.

Quand j'ai traduit "Einsamkeit", de Rilke, je me suis retrouvé, littéralement, devant "La solitude alors s'en va avec les fleuves" (dann geht die Einsamkeit mit den Flüssen), j'ai trouvé ça un peu gênant à l'oreille, donc j'ai modifié : la solitude alors s'en va au long des fleuves, il y a toujours un hiatus (a-o) mais il est moins désagréable, à mon avis, même si le sens a un peu changé (et je garde l'alexandrin). Tous les hiatus ne sont pas équivalents, il y en a de moins gênants que d'autres (ça me rappelle aussi les questionnaires médicaux du genre : êtes-vous fumeur ? Euh oui mais je ne fume que 3 cigarettes par jour. Veux pas le savoir ! Vous êtes fumeur, point, et peu importe combien vous fumez, quelle marque, et que ce soit le cigare, la cigarette ou la pipe, le tabac, c'est diabolique, de toutes façons vous avez tort.

Il y a bien d'autres cas de cacophonies possibles (l'article parle notamment des synérèses / diérèses ; personnellement, j'ai toujours prononcé "pieux" en une syllabe, donc je trouve que prononcer pi-eux fait "artificiel" et désagréable, mais ça dépend aussi de l'époque et de la région. L'idéal, à mon avis, c'est (à moins qu'on ne recherche volontairement la cacophonie) de faire en sorte que le vers "coule bien", que le lecteur, et surtout l'auditeur, ne se rende même pas compte que l'auteur a passé un temps considérable à éviter telle voyelle ou telle consonne à tel endroit : c'est la qualité in absentia, je pense. J'ai trouvé un exemple ahurissant de cacophonie (5 syllabes commençant par 't' qui se suivaient, en français - je n'ai plus la référence exacte sous la main) dans la traduction d'un poème de Essenine qui parlait des coqs de bruyère, ou grands tétras : je suppose que le traducteur prétendra qu'il s'agissait d'harmonie imitative, oui mais il n'y a absolument rien de tel dans le texte originel russe, donc mieux aurait valu trouver autre chose.

Bref, si ça sonne mal à votre oreille, essayez de contourner, si vous n'entendez rien de choquant, à vous de voir.

Posté à 23h36 le 22 janv. 26

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Tontonjacques

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P.S. J'ai retrouvé une cacophonie qui m'a un peu choqué dans l'une des traductions proposées pour Rilke :

Da neigt sich die Stunde und rührt mich an
mit klarem metallenem Schlag


Alors se penche l'heure, qui me frappe
d'un coup clair et métallique

Un coup clair ? Oui, c'est une traduction possible pour (mit) klarem Schlag, mais pour moi, ça sonne mal, d'autant que ça ne figure pas dans le texte originel, donc j'aurais essayé d'éviter. A noter aussi que les règles (d'élision) ne sont pas forcément les mêmes selon qu'on écrit une chanson ou un texte d'une certaine "tenue" (voir Brassens, par exemple).

Posté à 23h56 le 22 janv. 26

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Tontonjacques

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Et j'ai retrouvé des échanges que j'ai eus sur des forums il y a... 25 ans, et ô surprise, j'y disais déjà quasiment la même chose. On en conclura, soit que j'ai de la suite dans les idées, soit que je radote. Notamment, je m'insurgeais déjà contre l'ignorance du H aspiré (l'aïkou, un naïkou, des zaïkous, etc. - à ce sujet, je suis en train de lire un roman traduit de l'anglais qui propose froidement "d'Hong Kong" au lieu de "de Hong Kong". Bon, les Chinois ne parlent pas "de" Hong Kong, ils ont leurs mots à eux, mais les Anglais, qui sont quand même censés en savoir quelque chose, disent bien Hong Kong (ou même Hang Kang d'ailleurs), en tout cas pas Ong Kong.

Je vois en tout cas que l'ignorance n'a fait que croître et embellir en 25 ans, même si le téléphone portable a entretemps ajouté des fantaisies (orthographiques surtout) autrefois ignorées : ainsi, tout le monde écrit aujourd'hui "j'ai manger" au lieu de "j'ai mangé". Pourquoi ? C'est plus long. Hypothèse 1 : c'est pas moi m'sieur, c'est mon téléphone. Hypothèse 2 : ça permet de ne pas se casser la tête avec l'accord des participes passés. Hypothèse 3 ; ça fait plus "intellectuel", les terminaisons en -é c'est un peu plouc (et le "é", c'est pas évident à trouver sur un smartphone). Si quelqu'un a une autre idée...

Posté à 09h50 le 23 janv. 26

Édité à 09h56 le 23 janv. 26 par Tontonjacques

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Pierre Lamy

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Gruaur, tu trouveras réponse à tes questions en cliquant ce lien

https://www.lespoetes.net/traite.php

au chapitre 2 : la métrique

Posté à 10h16 le 23 janv. 26

Édité à 10h20 le 23 janv. 26 par Pierrelamy

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Jim

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... et puis, une bonne recette : le "gueuloir" !

Posté à 14h20 le 24 janv. 26

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RommelPh

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Pour continuer sur l'e caduc, je viens d'apprendre un truc de ouf. Les terminaisons en aient étaient autorisées à l'intérieur du vers. ainsi chez Racine :
Les vents nous auraient-ils exaucés cette nuit ? (Iphigénie)

Et on en trouve plein d'autres. C'est donc une exception à la règle qui proscrit, sauf à la rime la succession voyelle - e - consonne.

Pour enchaîner sur le hiatus, je précise que les règles classiques sont très curieuses.

1) La suite voyelle - e -voyelle ne fait pas hiatus.
Alors que l'oreille entend bien deux voyelles qui se suivent.

Mais tout dort, et l'armée, et les vents, et Neptune. (Racine)
hé hé!

2) Le h aspiré compte comme une consonne, alors que l'oreille entend un hiatus :

A ces mots on cria haro sur le Baudet. (La Fontaine)

Ah ah !

3) Les n purement graphiques et qui ne servent qu'à nasaliser une voyelle comptent pourtant pour des consonnes.

D'une vaste prison imite les barreaux. (Baudelaire)

Hon Hi!

Conclusion ; n'oublions pas que les règles classiques n'ont eu cours que de Malherbe jusqu'à Lamartine.
Avant, la versification était différente :

Dites-moi où, n'en quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Echo, parlant quant bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu'humaine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?








Posté à 20h14 le 07 févr. 26

Édité à 19h35 le 08 févr. 26 par RommelPh

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