Pour sortir un sonnet

Par : Pierre Lamy
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Pierre Lamy

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Les rimes de ce mirliton sont toutes orphelines. Pour versicoter, j'ai donc eu recours aux assonances.

Pour sortir un sonnet, il faut pondre quatorze
vers et en avoir plus qu’un chouïa dans le bulbe.
À cet effet, il faut que le cerveau se muscle.
C’est du moins ce qui est énoncé dans le dogme.

Le mien, de ciboulot , pas très vernis le pauvre,
bricole avec les mots. Mais c’est un poil abrupt.
Lors je me suis promis, avant d’être au sépulcre,
de sortir un sonnet. Jour après jour, je morfle.

Les murs de mon bureau sont tapissés de chanvre.
Ils ont, quand il fait froid, une senteur de camphre.
En planches de sapin, l’écritoire est très simple.

Il a été conçu par un menuisier belge
À côté de l’ordi, j’ai d’Ottokar, le sceptre.
Pour couronner le tout, la commode est Louis Quinze.
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Vuthy

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Étonnant de constater que ces orphelines sont 13 fois féminines pour un seul "abrupt" orphelin !
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Tontonjacques

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Je n'ai pas trop fait attention aux rimes "orphelines" ici, d'autant que dans tous les cas, on a un son vocalique suivi d'une double (parfois triple : muscle, sépulcre, morfle, sceptre) consonne. Sauf dans le dernier vers : quinze, 1 son vocalique suivi d'1 seul son consonantique, mais ça s'explique par le sens, si on considère à nouveau le vers n° 1.

C'est valable aussi pour les rimes : "gros" rime mieux avec "trot" qu'avec "héros", par exemple, parce que le son vocalique est dans les deux cas précédé d'une double consonne, du même type qui plus est, et incluant un "r" : gr, tr.
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Pierre Lamy

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Une rime orpheline est un mot qui ne peut rimer avec aucun autre.

Wikipédia en publie une liste non exhaustive : abrupt, belge, bulbe, clephte, cuistre, dogme, goinfre, humble, larve, meurtre, monstre, muscle, pauvre, perdre, pourpre, puisque, quatorze, quinze, sanve, sarcle, sceptre, sépulcre, siècle, simple, tertre, triomphe, verste
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Vuthy

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Aucune n'est vocalique
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Tontonjacques

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Pour "cuistre" et "puisque", je pense que c'est discutable, d'accord, il y a une semi-voyelle avant le "isque", mais 3 sons, c'est déjà pas mal pour une rime, non ? Ça ne me dérangerait pas de rimer avec disque, obélisque ou lentisque par exemple.

(Par ailleurs, je suppose qu'on rejette ici les noms propres, car "larve" peut rimer avec "Algarve" par exemple).
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Pierre Lamy

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C'est du Wikipédia. Voici une autre liste, plus sérieuse

ABRUPT
BELGE, BRRR, BULB, BULBE, BULGE
CAMPHRE, CHANVRE, CLEPHTE, CUISTRE
DOGME
FICHTRE
GNEISS, GNÈTE, GNOME, GOINFRE, GRRR
HUÎTRE, HUMBLE
KLEPHTE
MEURTRE, MMM, MONSTRE, MORFLE, MUSCLE
PAUVRE, PFF, PFFT, PFUT, POURPRE, PUISQUE
QUATORZE, QUINZE
SANVE, SARCLE, SCEPTRE, SÉPULCRE, SIECLE, SIMPLE, STAGNE..., STUPRE
TERTRE
VERSTE
WAQF, WEDGE

on note en effet que larve n'y figure pas

le son ui est différent du son i, donc cuistre ne rime pas
avec bistre ni puisque avec disque
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Vuthy

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Et aucune n'est vocalique.
D'après ce que je sais, les rimes vocaliques se terminent par une voyelle ou une diphtongue (singulier ou pluriel) : aie, é, ée, i, y, ie, o, au, eau, ou, oue, u, ue, etc...
Les autres sont consonnantiques.
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Tontonjacques

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WAQF, WTF ? Ah c'est un terme arabe, bon, évitons la fatwa. Effectivement, on n'y trouve pas de rime vocalique. Pour le son "ui", je pense que tous les linguistes ne sont pas d'accord, certains y voient une diphtongue (auquel cas le son serait effectivement différent), d'autres (ceux notamment qui décrètent que le français moderne ne possède plus de diphtongue) une semi-voyelle (u) suivie d'un i, ce serait alors le même son. Pour moi, ce sont des chinoiseries, je n'entends en tout cas aucune différence entre le i de 'cuistre' et celui de 'sinistre'.
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Pierre Lamy

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Ça doit venir de ta culture cosmopolite.


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Liva Soléa

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Ce sonnet m’a bien fait rire, Pierre — et je dois dire que la remarque de Vuthy sur les 13 féminines pour 1 seul abrupt masculin m’a sauté aux yeux aussi.
On dirait presque que les rimes féminines se sont imposées toutes seules, comme si elles avaient décidé de tenir la scène.

Heureusement que nous ne sommes plus à l’époque où la rime était obligatoire et surveillée comme un dogme : avec une telle collection d’orphelines, le poème aurait été recalé d’office… alors qu’il fonctionne justement grâce à cette liberté.
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Salus

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Sympa ton "sonnet"...Mais !
il a raison, Tonton, cuistre rime avec un tas de mots en "istre" comme en donne, par exemple, le dico de rime "Robert" de Armel Louis (papier) qui en délivre une vingtaine.
Pareil pour Gnome (une quarantaine !)
Et puis la rime est une science exacte, avec pas mal de paramètres et quelques tolérances, donc :
D'abord les noms propres peuvent évidemment rimer.
- Camphre rime avec chanvre car les sons "v" et "f" sont équivalents en tant que consonnes d'appuis.
belge rime avec welche (celte) pasque les sons "ch" et "j" sont équivalents, en consonnes d'appuis.
Bulbe avec disculpe (p et b équivalents).
Pauvre avec offre. (voir plus haut)
Quinze avec rince (z et c)
Pfut rime avec zut car ils sont monosyllabiques,
Etc.
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Liva Soléa

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Il est évident que si l’on sort du cadre énoncé par Pierre — celui des rimes orphelines au sens strict, c’est‑à‑dire dans l’usage classique qui exige une identité phonétique complète — on peut effectivement faire rimer beaucoup de choses, à condition d’adopter une tolérance très large. Mais dans ce cas, on ne parle plus vraiment de rime orpheline : on change simplement de système.
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Vuthy

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D’accord aussi pour cuistre/istre (Racine a fait : suivre/vivre, alors on a sa bénédiction). De même pour “gnome” qui rimerait avec “homme” en monosyllabe, ou bien “gnou”, absent de la liste, qui rimerait avec “mou”. Ce qui permet, comme dit Salus, de faire rimer "Pfut" avec "Zut".
Par contre, je suis en désaccord sur l'emplacement des consonnes d'appui. À ma connaissance, par exemple, T est l'appui de "parTance", mais pas C, L de "orpheLine", mais pas N

La consonne d’appui de camphre doit donc être C, celle de belge et bulbe B, de pauvre P, et de quinze Q.
De plus, il me semble que ces rimes n’ont pas besoin de consonne d’appui : Amphre, elge, ulbe, auvre, et inze étant déjà des rimes suffisantes.

Voilà. Ce n’était que mon avis, et il ne demande qu’à changer

Mais l'important ici était l'exercice de style très ludique de Pierre qui a dû en baver à "bricoler" ce sonnet, quatorze fois formidable, tout en lui gardant du sens. Et merci pour la visite du bureau !

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Pierre Lamy

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Mon dernier cours de littérature remonte à 1957
À l'époque on riait à cette blague :

"Qu'est-ce qu'un lapide ?
- une variété de caillou ?
- non, un tlain qui fa tlés fite"

Je découvre aujourd'hui que le chuitement est admis dans la versification

😣