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[Question]Subjectif subjonctif...

Par : Salus

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Salus

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Salut à toutes et tous ; un souci me tarabuste, si j'écris :
"Comme s'il eût voulu que l'aspirant s'insurge"
C'est grammaticalement correct ou faut-il impérativement tout mettre au subjonctif :
"Comme s'il eût voulu que l'aspirant s'insurgeât"

Merci pour vos réponses

Posté à 19h14 le 02 avril 26

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RommelPh

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Pour faire simple, tu fais comme tu veux.

Grévisse (§867 & 868) explique que l'emploi du subjonctif imparfait appartient à la langue littéraire et que son usage se perd. Ça ne nous avance pas beaucoup.

Un conseil de derrière les fagots : choisi entre le présent et l'imparfait selon le ton de ton texte (élevé ou familier) et tes contraintes(le nombre de syllabes, la rime)...

Posté à 20h39 le 02 avril 26

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Salus

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Ah, merci ; oui, ça ne nous avance pas beaucoup.

Posté à 22h11 le 02 avril 26

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Vuthy

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Bonjour Salus,

N'étant ni Grévisse ni Vaugelas j'ai posé la question à Gemini :

"Comme s'il eût voulu que l'aspirant s'insurge" est-ce grammaticalement juste ?

Qui m'a répondu :

Oui, cette formulation est parfaitement correcte et même très élégante. Elle emploie ce que l'on appelle le subjonctif imparfait à valeur de conditionnel.

Voici l'analyse détaillée de la structure :

1. La concordance des temps
L'utilisation du subjonctif imparfait (eût voulu) après le "si" de comparaison est une forme littéraire du conditionnel passé deuxième forme. Dans une langue plus courante, on dirait : "Comme s'il avait voulu que l'aspirant s'insurge".

2. Le subjonctif après "vouloir"
Le verbe vouloir commande obligatoirement le subjonctif pour l'action qui suit (le souhait ou la volonté).

Au présent : Il veut qu'il s'insurge.

Au passé (votre cas) : Il eût voulu qu'il s'insurgeât (en respectant la concordance stricte) ou qu'il s'insurge (usage moderne admis).

3. La nuance de l'imparfait du subjonctif
Dans votre phrase, "s'insurge" est au subjonctif présent. Bien que la grammaire classique rigoureuse aurait préféré l'imparfait du subjonctif (s'insurgeât) pour s'accorder avec "eût voulu", l'usage moderne et littéraire accepte très bien le subjonctif présent pour marquer une action dont l'effet peut encore être perçu ou pour alléger la sonorité de la phrase.

En résumé
C'est une phrase d'un niveau de langue soutenu. Elle est tout à fait juste, notamment dans un contexte narratif, poétique ou historique. L'emploi du "eût voulu" apporte une nuance de regret ou d'hypothèse irréelle dans le passé qui est très précise.

Souhaitez-vous que nous examinions la sonorité ou le rythme de cette phrase dans un contexte plus large ?


Chat GPT n'en dit pas moins, mais rajoute :

Pourquoi on ne met pas le subjonctif imparfait (« s’insurgât ») ?

Le subjonctif imparfait sert dans un contexte passé ou littéraire, souvent avec des actions passées.
Mais ici, la phrase exprime une volonté hypothétique dans le passé pour une action qui se déroule « maintenant » (ou du moins, au moment où il voulait).
Donc le subjonctif présent « s’insurge » est correct, même si l’ensemble est très soutenu et un peu ancien.

Posté à 03h06 le 03 avril 26

Édité à 03h12 le 03 avril 26 par Vuthy

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Pierre Lamy

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En vers, sans déconner,
je préfère s'insurge.
Je sais qu'il s'y connait,
tu devrais voir le surge *


*conseiller principal d’éducation"

Posté à 06h17 le 03 avril 26

Édité à 10h14 le 03 avril 26 par Pierrelamy

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Lau

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Salut à toutes et tous ; un souci me tarabuste, si j'écris :
"Comme s'il eût voulu que l'aspirant s'insurge"
C'est grammaticalement correct ou faut-il impérativement tout mettre au subjonctif :
"Comme s'il eût voulu que l'aspirant s'insurgeât"


Bon, y a pas à tortiller du ionf sur le mode, tout est déjà au subjonctif qui, rappelons-le est le mode de l'incertitude, du doute, du souhait, des sentiments bref de l'état et/ou de l'action non réalisée avant, maintenant et après.

Ce qui nous (quand je dis "nous", il s'agit surtout de l'auteur) préoccupe ici, c'est surtout le temps et la concordance des temps...

"s'insurge" ou "s'insurgeât" sont tous deux recevables ; ils dépendent de l'intention, je m'esplique :

"Comme s'il eût voulu que l'aspirant s'insurge" signifie que ce "il" souhaita que l'aspirant s'insurge ici et maintenant mais aussi qu'il en tire leçon et qu'il le fasse pour les temps à venir.

"Comme s'il eût voulu que l'aspirant s'insurgeât" signifie que l'aspirant soit zaraf sur l'instant, lors de ce moment localisé dans le temps et l'espace.

La grammaire exprime la pensée et l'intention ; elle ne guide pas notre expression.


Posté à 11h45 le 04 avril 26

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RommelPh

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Cette question me travaille aussi. Je commencerai par citer le plus célèbre des subjonctifs imparfaits de la poésie française, que l’on doit à Corneille (Horace) :

JULIE.
Que vouliez-vous qu’il fît contre trois ?
Le vieil HORACE.
Qu’il mourût,
Ou qu’un beau désespoir alors le secourût.

J’aime beaucoup celui de Cyrano qui s’accompagne d’une nuance d’autodérision :

Le Bret, stupéfait.
Hein ? Comment ? Serait-il possible ?…
Cyrano, avec un rire amer.
Que j’aimasse ?…
(Changement de ton et gravement.)
J’aime.


Et j’en connais un aussi discret qu’étrange dans Booz endormi :

Et Booz murmurait avec la voix de l'âme :
" Comment se pourrait-il que de moi ceci vînt ?
Le chiffre de mes ans a passé quatre-vingt,
Et je n'ai pas de fils, et je n'ai plus de femme.

Sachant que l’imparfait vînt vise l’avenir : les enfants que Booz fera.

Après cela, je comprends l’opinion de Grévisse, qui cite un autre grammairien :
Brunot a écrit dans une formule percutante : « Ce n’est pas le temps principal qui amène le temps de la subordonnée, c’est le sens. Le chapitre de la concordance des temps se résume en une ligne : il n’y en a pas. »

Posté à 19h31 le 04 avril 26

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Ggabrielle

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Comme s'il avait voulu que l'aspirant s'insurge.

épicetou !

Posté à 00h00 le 05 avril 26

Édité à 00h01 le 05 avril 26 par Ggabrielle

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Salus

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...C'est pas tout, vu qu'il y a une syllabe de trop, et je comprends que tout ça dépend (ou dépende) du contexte, même si j'ai du mal à le situer ; merci pour vos collaborations précieuses et variées.

Posté à 09h37 le 05 avril 26

Édité à 21h48 le 07 avril 26 par Salus

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Sylvain2023

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Ces temps se perdent peu à peu et on ne sait plus bien les utiliser sans avoir à réflechir, parfois longtemps et si on veut y placer les concordances c'est pire. C'est dommage car cela chante tellemment bien.

Posté à 12h37 le 08 avril 26

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Jim

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Les lire, c'est facile, plus que de les écrire, comme c'est étrange... Sans doute que lire approximativement ne requiert que peu d'efforts, et que l'approximation suffit à contenter l'exigence du lecteur, à supposer qu'il s'en rende compte. Quant à les écrire, c'est simple quand on respecte une règle unique plutôt que de retenir un ensemble de propos abscons, à savoir : que veux-je dire ? Est-ce que ce que j'écris décrit fidèlement ma pensée ? Question qui souvent mène à affiner cette pensée qu'on désire tant écrire, s'il en est une.
Le point nodal - ou sac de nœuds - réside moins dans une paresse - qui est une extrême exigence minimaliste centrée sur le strict nécessaire juste à temps - qu'en une fainéantise inaboutie. Ce n'est donc pas le moindre effort qui est loué, mais la capacité à achever l'ébauche de son oeuvre, aussi primitive soit-elle. Pour devenir champion de foot ou de Jokari, il ne suffit pas d'y rêver, il faut travailler et suer de grosses gouttes alors, pour écrire : "Bonjour, quel beau temps aujourd'hui ? Accepteriez-vous ma compagnie, le temps de quelques pas, jusqu'à cette pâtisserie où je sais que, chaque matin, vous vous arrêtez, avant de rejoindre votre amant du moment?"; c'est pareil.
Cela dit, la solution la meilleure n'est pas toujours la plus courte.

In fine, pour dans le sujet rester, savourons cette réplique de Mme de Sévigné à sa fille lui indiquant qu'elle avait tapé dans l'œil d'un charmant garçon, que pour répondre à son attention : "Encore eût-il fallu que je le sache !"

Posté à 22h54 le 10 avril 26

Édité à 23h14 le 10 avril 26 par Jim

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Salus

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Je préfère : "Encore eût-il fallu que je le susse !"

Posté à 18h33 le 17 avril 26

Édité à 21h06 le 17 avril 26 par Salus

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Lau

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Y a deux 'haines' à 'coNNards' ; c'est l'effet kisscool.

Posté à 18h38 le 17 avril 26

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Ggabrielle

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"Encore eût-il fallu que je le susse !"

"Susse" du verbe susser.

C'était le piège, Salus?!

(HS) Merci, Jim, de tes toujours savantes explications.
Dommage que, parfois, quand on arrive au bout il faille (ahie!) revenir au début.
vittorio, le français n'est pas ma langue maternelle, heureusement!

Posté à 19h20 le 17 avril 26

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Salus

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Oui, "Connards", ça m'a bien fait rigoler !

Ggabrielle :

Savoir, imparfait subjonctif :


que je susse
que tu susses
qu'il sût
que nous sussions
que vous sussiez
qu'ils/elles sussent

Posté à 19h35 le 17 avril 26

Édité à 19h35 le 17 avril 26 par Salus

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